Alors que le sommet du G20 se tenait les 15 et 16 novembre à Bali, un missile tombait sur une ville frontalière de Pologne, tuant deux personnes. Zelensky s’empressait de dénoncer une provocation de Poutine, mais l’Otan calmait le jeu, privilégiant la thèse d’une erreur, envisageant même qu’il s’agisse d’un projectile antiaérien ukrainien. Fausse alerte donc, mais qui a été l’occasion pour les dirigeants des principales puissances mondiales réunis à Bali d’en rajouter dans la propagande militariste, éclairant du même coup la vraie nature des objectifs affichés par la rencontre, comme son hypocrisie.

En pleine offensive raciste et xénophobe, anti-migrants, quelques jours à peine après la présentation du projet de loi immigration par Darmanin et Dussopt, l’odieuse campagne qui a entouré le meurtre de la petite Lola, les tombereaux de démagogie réactionnaire, le gouvernement a finalement autorisé le bateau de SOS Méditerranée, l’Océan Viking, à accoster dans la zone militaire du port de Toulon et à débarquer à l’abri des regards les 230 migrant.es recueilli.es au large de la Lybie (dont 57 enfants et plusieurs malades, d’autres ayant dû être évacuées la veille de toute urgence). « Un devoir d’humanité » a eu le culot de pérorer Darmanin après avoir négocié la « relocalisation » de 2/3 des adultes vers l’Allemagne, le Luxembourg, la Bulgarie, la Roumanie, la Croatie, la Lituanie, Malte, le Portugal et l’Irlande... Et il s’est empressé d’assurer à la droite et l’extrême-droite (dont Zemmour, Maréchal-Le Pen et les ex de Génération identitaire qui déversaient leur haine xénophobe devant les caméras à quelques pas) : ils « ne pourront pas sortir du centre administratif où on va les mettre et ne seront donc pas techniquement sur le sol français ». Après des procédures expéditives à l’abri de tout contrôle et la décision « sous 48h » de l’OFPRA, « ceux qui ne reçoivent pas l’asile seront éloignés directement depuis la zone d’attente vers leur pays d’origine »...

« Nous sommes sur l’autoroute vers l’enfer climatique avec le pied toujours sur l’accélérateur », « L’humanité a un choix : coopérer ou périr. C’est soit un pacte de solidarité climatique, soit un pacte de suicide collectif », a déclaré à la tribune, Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies pour l’ouverture de la COP27, la nouvelle conférence sur le climat qui se tient en Égypte du 6 au 18 novembre... L’augmentation du nombre et de l’intensité des catastrophes écologiques depuis deux ans, sécheresses extrêmes, pics de chaleurs, inondations, mégafeux, tempêtes et tornades, confirme que c’est bien là un enjeu crucial pour l’humanité. Et cela rend d’autant plus insupportable et révoltant l’étalage de cynisme des chefs d’Etats comme des multinationales qui atteint des niveaux sans égal... dans un contexte de guerre, d’aggravation des rivalités économiques, de montée du militarisme, de spéculation sur les prix des énergies et des denrées alimentaires, d’explosion de l’endettement, qui ne fait qu’aggraver la situation.

Ce 8 novembre, deux ans après l’élection présidentielle de 2020, qui s’était conclue par le coup de force de Trump au Capitole le 6 janvier 2021, les élections de mi-mandat n’ont pas donné la revanche qu’il espérait à Trump annonçant la veille du scrutin « une vague rouge », c’est à dire républicaine. Cet échec personnel pourrait rendre plus difficile sa candidature pour la présidentielle de 2024 qu’il devait annoncer dans la foulée des midterms d’autant que Ron DeSantis – réélu gouverneur de façon triomphale en Floride – a, quant à lui, annoncé qu’il postulait à être le candidat des Républicains…

La déroute attendue des Démocrates n’a donc pas eu lieu, sursaut d’une fraction de l’électorat, en premier lieu les femmes et les afro-américains, en défense du droit à l’avortement et en réponse à la violence et à l’agressivité raciste, chauvine, sexiste et anti ouvrière des Républicains. Et surtout la jeunesse qui s’est mobilisée contre Trump alors que la popularité de Biden est en berne.

Confronté à la montée de l’inflation et à la crise énergétique, Macron a ouvert le bal fin août : constatant que la France « vit une grande bascule », il nous annonçait « la fin de l’abondance ». Borne a repris le thème début octobre, présentant au Parlement un « plan de sobriété énergétique » censé faire baisser de 10 % la consommation du pays. Un « plan de mobilisation générale » dans lequel « chaque geste compte » et qui, cerise sur le gâteau, contribuerait à la politique de « transition énergétique » du gouvernement…

Elle expliquait : « Il y a 7 mois, en attaquant brutalement l'Ukraine, la Russie a changé l'ordre du monde. Aux bouleversements stratégiques se superpose une crise énergétique. La Russie a choisi de faire de son gaz un objet de chantage, provoquant, en Europe, des risques de pénurie pour cet hiver et une envolée des prix de l'énergie. […] A cette tension sur le gaz s'ajoute l'arrêt pour maintenance d'une part importante de notre parc nucléaire, qui limite notre production d'électricité. Mais grâce à la solidarité européenne et à la sobriété, nous pouvons passer les mois qui viennent en évitant des coupures d'énergie. »

Ce discours participe de la propagande de la bourgeoisie qui voudrait nous faire croire que la pandémie de covid, l’inflation, la guerre en Ukraine sont des hasards malheureux dont les effets se conjuguent pour créer une « grande bascule » de l’ordre économique et géopolitique mondial. C’est l’inverse qui est vrai. Bien qu’elles contribuent à l’aggraver, la pandémie, l’inflation, la guerre, le réchauffement climatique sont avant tout les conséquences de la crise globale du capitalisme financiarisé mondialisé. Crise dont les causes premières sont les contradictions inhérentes au système lui-même et les politiques menées pour tenter d’y remédier.

Samedi, après avoir interdit la manifestation, le gouvernement a fait charger 1 500 gendarmes face aux 4 000 manifestants opposés au chantier de méga-bassine à Sainte-Soline sans réussir le moins du monde à empêcher la mobilisation qui s’est poursuivie aujourd’hui dimanche. Un pouvoir au service de l’agro-business, mais sa réponse montre aussi sa fébrilité face à toute contestation qui pourrait faire tache d’huile dans la situation actuelle.

En quelques jours, le gouvernement a dû dégainer trois fois le 49.3 pour faire passer sa loi de finance et celle de la Sécurité Sociale. Un aveu de faiblesse, même si le pouvoir peut compter sur la mécanique bien huilée de ces institutions au service des plus riches pour poursuivre sa politique de subvention des profits « quoi qu’il en coûte ».

Le budget 2023 prévoit ainsi la réduction de moitié de la CVAE, cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, qui a remplacé en partie la taxe professionnelle. Celle-ci doit même totalement disparaître en 2024, soit un cadeau de 8 milliards pour le patronat ! Il rajoute aussi 3,5 milliards d’aides pour les entreprises embauchant en contrat d’apprentissage, une façon de fournir au patronat des jeunes payés au rabais dans le cadre des attaques contre les lycées professionnels. Il prévoit également 12 milliards d’aides aux entreprises pour leur facture énergétique, alors que le bouclier tarifaire des ménages va se détériorer au 1er janvier en permettant des augmentations de 15 % des factures de gaz et d’électricité.

Xi Jinping a organisé sa réélection à la tête de l’État chinois par le XX° congrès du Parti communiste, concentrant tous les pouvoirs, ou presque, au nom de la « sécurité nationale... fondement du renouveau de la nation ».

De nombreux médias et dirigeants, à commencer par Biden, ont beau jeu de dénoncer la dictature pour alimenter la campagne contre « la menace chinoise », fauteuse de crise et porteuse d'un danger de guerre à Taïwan. Cette campagne agressive leur sert à camoufler la responsabilité des vieilles puissances dans les surenchères guerrières et la logique destructrice du capitalisme mondialisé. Une campagne qui prépare l'opinion à l'aggravation des tensions.

A l’occasion des allocutions politiques lors de la fête du NPA 33, samedi dernier, Philippe Poutou a, dès ses premiers mots, parlé publiquement du congrès prévu début décembre qui, ainsi que le rapporte le journal Sud-Ouest dans une interview, « a de grandes chances de se solder par une scission ». Pour développer l’idée « d’une gauche de combat, radicale » et expliquer :« La Nupes a posé la question de comment reconstruire une force à gauche. On doit participer à cette réflexion. [...] On entend être présent pour mettre la pression sur cette gauche qui est en train de se reconstruire. On pense qu’il faut aller vers plus de radicalité, mais on a tout à intérêt à sortir du sectarisme. » La majorité actuelle du NPA s’engage donc dans la discussion avec la gauche parlementaire, une gauche de gouvernement sur les voies et moyens de construire « une gauche de combat » tout en dénonçant celles et ceux qui veulent rompre avec cette gauche comme des sectaires. Elle réserve son sectarisme à celles et ceux qui ne sont pas d’accord et veulent défendre une tout autre stratégie révolutionnaire. Il y a maintenant près de deux ans, elle a poussé le CCR dehors pour, de plus forte minorité, devenir majorité et maintenant, elle voudrait utiliser cette position et l’écho relatif mais réel de la campagne présidentielle au service de ce qui en fut l’axe, la construction d’une gauche de combat. Pour ce faire, elle voudrait avoir les mains libres en soumettant à sa politique les courants et fractions du NPA en désaccord avec celle-ci en « suspendant » leurs droits après avoir, au passage, rompu ses relations avec Lutte ouvrière.

La journée d’action interprofessionnelle du 18, qui avait été appelée à la hâte par la CGT, Solidaires, FSU et FO le mercredi 12 octobre en solidarité avec les raffineurs en grève, contre les atteintes au droit de grève que sont les réquisitions, pour l’augmentation des salaires a été marquée par de nombreuses initiatives qui témoignent des raisons multiples du mécontentement, d’une profonde colère latente. Plusieurs débrayages et grèves parfois reconductibles pour les salaires ont eu lieu dans de grandes entreprises chez Airbus à Toulouse ou à la SNCF ou se sont poursuivies comme chez EDF dans les centrales nucléaires. D’autres dans des entreprises plus petites où la grève est rarissime comme entre beaucoup d’autres dans l’entreprise de bus en Essonne, Kéolis-Daniel Meyer où les salarié.es ont installé un piquet de grève 24 heures sur 24 devant leur dépôt à Monthléry. Ils n’en peuvent plus de leurs salaires à 13,23 euros bruts de l’heure pour des journées qui peuvent commencer à 5 heures ou se terminer à 23 heures. Le 18, c’était aussi la forte mobilisation des enseignants des lycées pro contre une réforme qui, après celle de Blanquer, est destinée à liquider l’enseignement professionnel. « Nos élèves ne sont pas de la chair à patrons », un des slogans de leurs cortèges, résume la réforme. 11 semaines d’heures d’enseignement sont remplacées par des stages en entreprises et le gouvernement veut en finir avec le caractère national des diplômes afin d’adapter les jeunes -680 000 élèves concernés- aux besoins locaux du patronat. Il veut aussi réduire ces budgets, 8000 à 10 000 enseignants seraient contraints de quitter leur établissement. Dans de nombreuses villes, des cortèges de jeunes étaient présents, certains avaient bloqué leur lycée, contre cette réforme dans les lycées pro, mais aussi dans les lycées d’enseignement général et dans les facs, contre la sélection accrue en faculté à travers Parcoursup, en solidarité avec les travailleurs en grève pour les salaires, contre la répression, l’expression d’une révolte contre ce monde qu’ils jugent insupportable.

En quelques jours, la grève des raffineurs d’Exxon-Mobil et de Total a changé la donne, le climat social et politique du pays. Elle a entrouvert une brèche face à l’offensive et à l’arrogance du patronat et du gouvernement. Les attaques de celui-ci et de la direction de Total contre les grévistes ont eu le résultat inverse de celui recherché. Lorsque Elizabeth Borne a annoncé le lundi 11 à l’Assemblée que des grévistes allaient être réquisitionnés dans les dépôts d’Exxon-Mobil, l’après-midi même les raffineurs de Donges en Loire-Atlantique rejoignaient la grève. Après avoir refusé toute négociation depuis des semaines, la direction de Total, pressée par la grève et le gouvernement, a annoncé ouvrir une discussion jeudi soir avec les syndicats de salariés. La CGT en a claqué la porte dans la nuit, estimant à juste titre qu’y rester aurait été s’aplatir devant la direction. Les deux autres syndicats de l’entreprise, la CFDT et la CGE-CFC, ont déclaré qu’un accord avait été trouvé sur une augmentation de l’ordre de 7 % dont ils n’auraient pas pu se vanter s’il n’y avait pas eu la grève. Un « accord au rabais » disent les grévistes et la CGT, loin des 10 % qu’ils revendiquent parce qu’ils estiment qu’en plus de compenser l’inflation, Total devrait céder à ses salariés une partie des bénéfices exceptionnels qu’il a faits sur leur travail.

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