A la veille de la marche contre l’islamophobie de ce dimanche à Paris, qui a rassemblé plus de 13000 personnes, s’est développée une campagne hostile portée par les médias aux ordres devenus les porte-parole du gouvernement, des Zemmour et autres RN pour dénoncer leur fantasme d’un prétendu ralliement à l’islamisme politique. Ils ont repris à leur compte les propos du premier ministre sur BFM-TV, déclarant qu’« un certain nombre, peut-être pas tous, de ceux qui appellent à manifester dimanche me paraissent s’inscrire dans une logique de communautarisme… ». Communautarisme, l’accusation est lâchée !

La gauche de la dérobade…

Il n’en a pas fallu plus pour provoquer une débandade parmi certains courageux hommes de gauche empressés de se justifier quitte à donner crédit aux accusations du pouvoir contre la manifestation.

« Aucun mur qui exclut les gens et restreint la liberté n'est assez haut ou long qu'il ne puisse être franchi (…) Cela vaut pour nous tous, à l'Est comme à l'Ouest » a déclaré Merkel à l’occasion de la commémoration de la chute du Mur de Berlin. Voulait-elle condamner par ses propos ses alter-egos, ces dirigeants des grandes puissances qui parlent de « liberté » tout en barricadant leurs frontières contre les migrants ? Condamner leur Europe forteresse qui ne cesse de se renforcer ? Trump qui lance son nouveau mur de 450 km avec le Mexique et Macron qui veut imposer des quotas sur l’immigration ? Cet été en Hongrie, elle-même et Orbán ont célébré, main dans la main, le 19 aout 1989, où 600 Allemands de l’Est étaient passés à l’ouest en quelques heures. Orbán en a profité pour vanter une « Europe de paix et de sécurité », revendiquant les 200 km de barbelés au sud du pays contre les migrants ! Quel aveu d’échec et de mensonge !

On est loin de la campagne triomphante de 1989, affirmant la « victoire de la démocratie » et la « fin de l’histoire ». La campagne des médias sur la « révolution démocratique » du 9 novembre 1989 cache bien mal le chaos qu’est devenue cette « mondialisation heureuse » annoncée dans les discours officiels de l’époque.

Lundi dernier, le 28 octobre, la mosquée de Bayonne a été l’objet d’un attentat. Un ancien candidat du FN en a dynamité l’entrée puis il a tiré sur deux personnes qui en sortaient, les blessant gravement. Il a ensuite incendié une voiture dont le propriétaire a failli mourir.

Le lendemain, une majorité de sénateurs votaient une proposition de loi d’un élu de la droite LR consistant à interdire le port d’insignes religieux, dont le voile, aux mères d’élèves accompagnant les sorties scolaires. Une façon de donner raison à l’élu du RN qui avait apostrophé et humilié publiquement, en pleine séance du conseil régional de Bourgogne Franche-Comté, une mère d’élève portant un foulard qui accompagnait la sortie à laquelle participait son fils.

« Merci à tous, c’était un grand jour pour notre pays » déclarait Trump pour conclure sa conférence de presse, dimanche dernier, au sujet de l’élimination par l’armée américaine de Abou Bakr Al-Baghdadi, le chef de l’État islamique. Ce dernier avait proclamé en juillet 2014, à la mosquée Al-Nouri à Mossoul, le « califat » de l’EI sur les territoires conquis en Irak et en Syrie, califat aujourd’hui démantelé. « C’était comme regarder un film » s’est enthousiasmé Trump avec un contentement où se mélangent l’abject et le cynique, l’infantile et le ridicule, une vide fatuité. Et de fanfaronner « Personne n’est hors de notre portée [...] Ces monstres sauvages n’échapperont pas à leur destin et au jugement final de Dieu ». Affichant son mépris de ses propres alliés, pêle-mêle il « remercie les Kurdes de Syrie pour l’aide apportée dans cette dangereuse mission […] La Russie a été super, l’Irak a été excellent. Nous avons eu une excellente coopération. [...] La Turquie a été géniale, nous avons survolé un bout de leur territoire, ils n’ont posé aucun souci... » et cela deux semaines après qu’il a décidé le retrait des troupes américaines qui a laissé le champ libre à la Turquie pour bombarder les Kurdes, trahis.

Plus d’un million de personnes ont manifesté vendredi 25 à Santiago-du-Chili et d’autres villes du pays. Ni la violence de la répression militaire – 19 personnes sont mortes au cours des affrontements – ni les prétendus reculs du président Piñera n’ont freiné le mouvement commencé il y a une semaine. Véritable soulèvement populaire, il s’approfondit. Ce qui se passe au Chili est un des puissants mouvements de contestation sociale qui explosent et s’enchaînent partout dans le monde, en Catalogne, au Liban, en Irak, Equateur, Haïti, Algérie, Hong Kong, etc., alors qu’ici les Gilets jaunes vont fêter le premier anniversaire de leur acte I.

Chacun de ces mouvements a ses caractéristiques propres, des facteurs déclenchants particuliers. Mais tous s’inscrivent dans un contexte général de révolte de la jeunesse et des classes populaires, des travailleurs contre la politique des capitalistes et de leurs Etats, un mouvement global qui intègre également les mobilisations des jeunes pour le climat, des femmes pour leurs droits.

La tournée de Macron dans l’Océan Indien pour y défendre les intérêts des multinationales françaises a été l’occasion d’une nouvelle offensive contre l’immigration. A Mayotte, à 9000 km de Paris, il a planté le décor : « Mayotte c'est la France et la France c'est d'abord la sécurité ». La veille aux îles Eparses, revendiquées par Madagascar, il avait martelé : « Ici, c’est la France, c’est notre fierté, notre richesse ». Des envolées patriotiques pour justifier la présence française dans ce bout d’Océan indien où la population est une des plus pauvres du monde. Mayotte la « française », où 1/3 de la population n’a pas l’eau courante, représente malgré tout un espoir de vie meilleure pour de nombreux jeunes qui affluent des Comores et de l’Est africain. Une immigration contre laquelle Macron a assuré de sa « fermeté », espérant dévoyer la colère.

Une colère qui l’attendait à La Réunion avec une grève générale. Dans cette île où 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et où les Gilets jaunes ont été particulièrement nombreux et déterminés, Macron a dit « comprendre la colère » et a promis quelques mesures pour l’emploi dont… une exonération de cotisations patronales.

Depuis jeudi soir, les cheminots ont « posé le sac » dans un profond mouvement de colère, en plein départ de congés et face à une campagne haineuse.

En début de semaine, des agents de la région parisienne ont fait valoir leur droit de retrait suite à plusieurs agressions de conducteurs. Depuis des années, la direction de la SNCF et le gouvernement laissent se dégrader les conditions de transport des voyageurs de banlieue, les lignes et les gares qui se réduisent à des distributeurs de billets. Toujours moins de personnel et au final, c’est le conducteur qui subit seul les conséquences de cette politique.

Le 16 octobre, une collision entre un convoi exceptionnel et un TER dans les Ardennes a fait déborder le vase. Le conducteur, privé de moyens de communication, seul et même blessé, a dû laisser ses 70 passagers (dont 11 blessés) pour aller prévenir en urgence un train en sens opposé et éviter la catastrophe !

Le succès de la « semaine de rébellion internationale » organisée par Extinction Rebellion (XR) du 5 au 12 octobre dernier, s’inscrit dans le prolongement des « Friday for Future » des 20 et 27 septembre derniers qui ont rassemblé plusieurs millions de jeunes manifestants à travers le Monde.

A Paris, à Londres, à Berlin, à New York, à Sydney, dans une soixantaine de grandes villes, les militants de XR ont réussi une série d’actions de blocage pour dénoncer l’inaction des gouvernements face au réchauffement climatique. Cette action a été précédée à Paris par l’occupation pendant 18 heures du centre commercial Italie2, en convergence avec d’autres collectifs, de Gilets Jaunes, le comité Adama. Puis la place du Châtelet a été occupée, dans une ambiance festive et militante, pendant toute une semaine avant une tentative de blocage de l’Assemblée Nationale interrompue par l’intervention de la police qui a dû évacuer un par un des manifestants pacifiques mais déterminés.

« C'est un grand jour pour la civilisation », a proclamé le 17 octobre Trump, emphase morbide pour vanter le prétendu « cessez-le-feu » conclu à l'issue d'une rencontre entre le vice-président américain Mike Pence et Erdogan. Ce « cessez-le-feu », « une pause » dit la Turquie, impose aux Kurdes les volontés de la Turquie, saisir toutes les armes lourdes des Forces démocratiques syriennes (FDS), essentiellement l’YPG, branche armée du PYD lui-même, branche syrienne du Parti des travailleurs kurdes (PKK), détruire leurs fortifications, quitter une « zone de sécurité » de 32 km de largeur le long de la frontière désormais placée sous contrôle de l’armée turque. Ce sera certes un répit dans le calvaire que vivent les Kurdes sous les bombes et les tirs en rafales, plus de 500 morts, des milliers de blessés, plus de 200 000 hommes, femmes, enfants fuyant sur les routes mais un répit qui n’est qu’une étape dans l’offensive militaire turque et qu’Erdogan n’hésitera pas à rompre si il n’obtient pas ce qu’il veut.

La forfanterie de Trump exprime son cynique mépris des peuples dans la continuité de son retournement, le 9 octobre, qui donnait le feu vert à l’offensive turque dite « Source de paix » en annonçant le retrait des troupes américaines stationnées le long de la frontière au nord de la Syrie. Ces forces avaient été déployées pour soutenir les forces kurdes dans leur combat contre l’Etat islamique (EI). Le retournement de Trump abandonnait les combattants et la population aux bombes et à la mitraille des troupes d’Erdogan.

Lors de l'hommage rendu aux policiers assassinés, il y a dix jours, à la préfecture de Paris, Macron s’est dit en guerre contre « l'hydre islamiste ». Il a appelé à une « une société de vigilance » où, non pas les institutions, « qui seules ne suffiront pas », mais chacun de nous, serait appelé à « repérer à l'école, au travail, dans les lieux de culte, près de chez soi, les relâchements, les déviations, ces petits gestes qui signalent un éloignement d'avec les lois et valeurs de la République » il a promis un « combat sans relâche » « face au terrorisme islamiste », appelant « la nation toute entière » à « se mobiliser »... Certes Macron s’est cru obligé de préciser « Ce n’est en aucun cas un combat contre une religion. Mais contre son dévoiement, qui conduit au terrorisme ». Réserves toutes formelles comme celle qui dénonce le « soupçon qui corrode »… Ce qui n’empêche pas la ministre de la Santé de pratiquer la politique du soupçon quand elle déclare que « lutter contre les fraudes est un acte de justice » pour remettre en cause l’aide médicale d’État (AME) aux immigrés. Que leur importe, puisque l’objectif est de caresser les préjugés dans le sens de l’extrême droite…

Le Pen double la mise

Marine Le Pen n’espérait pas une telle aubaine. Macron lui a offert sur un plateau ce débat pervers sur l’immigration à l’Assemblée nationale que vient envenimer la tuerie de la préfecture de police de Paris. Une nouvelle occasion de faire le lien entre « immigration anarchique » et « fondamentalisme islamiste » : « Une immigration anarchique, sans conditions, sans critères, sans exigences, fait le lit de la venue sur notre territoire de gens qui ne sont pas animés de bonnes intentions, fait le lit du communautarisme au sein duquel se développe le fondamentalisme islamiste ». Le « danger islamiste » est « un danger mortel que le gouvernement aggrave chaque jour davantage avec sa politique insensée d'immigration », et de réclamer un « moratoire » sur l'immigration pour « résister à la submersion » !

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