« Attac, Oxfam, Greenpeace, la Confédération paysanne et la CGT présentent 34 mesures communes pour répondre à la crise née du Covid-19. Du NPA au PS, en passant par les Verts et La France insoumise, on s’intéresse de près à cette démarche ‘historique’ », pouvait-on lire dans un article publié sur Médiapart, en date du 26 mai, intitulé « De la CGT à Greenpeace, la société civile bouscule la gauche ». Certes, la démarche, initiée dans la foulée de l’appel des 18, « Plus jamais ça », est inédite dans sa forme mais le fond, lui, est dans la continuité de la politique de la gauche institutionnelle, syndicale et politique.

Cette initiative participe de l’agitation, accélérée par la crise sanitaire, qui gagne cette gauche à la recherche de son unité perdue et d’un programme introuvable pour tenter de profiter de l’effondrement annoncé d’un pouvoir de plus en plus discrédité, divisé au point de perdre sa majorité parlementaire.

Le Gouvernement a donc tranché : le deuxième tour des municipales aura lieu le 28 juin, du moins si l’épidémie n’a pas redémarré… Alors que personne ne peut dire quelle sera la situation dans les prochaines semaines, alors que le conseil scientifique a refusé de leur donner un blanc-seing, rien de plus urgent semble-t-il pour le gouvernement que de donner satisfaction aux politiciens qui briguent leur réélection. Si on peut imaginer que Philippe est pressé de rebriguer son fauteuil du Havre qui pourrait lui donner l’occasion de prendre ses distances avec Macron, il s’agit avant tout pour le gouvernement de satisfaire les impatiences de celles et ceux qui sont et seront ses relais locaux pour mener la politique de « relance » dans « leurs territoires », c’est-à-dire les attaques contre le monde du travail. La probable abstention massive serait un juste retour des choses…

Cet empressement tranche avec l’attitude du pouvoir vis-à-vis des travailleurs de la santé et de l’hôpital. Plus de deux mois après les promesses de Macron à Mulhouse, au plus fort de l’épidémie et de la crise hospitalière, toujours rien à part la promesse d’une prime, d’un défilé et d’une médaille pour les hospitaliers… et l’annonce par Véran d’un projet d’« assouplissement des 35h » et d’une possible remise en cause du « cadre unique de la Fonction publique ».

Pour le petit monde de « l’économie », la semaine avait bien commencé : lundi 18, Merkel et Macron s’étaient mis d’accord sur la création d’un fonds européen de relance de « solidarité » de 500 milliards d’euros sous les applaudissements du patronat, un vaccin contre le Covid-19 semblait en bonne voie de mise au point, les prix du pétrole remontaient avec la reprise de sa consommation en Chine... Il n’en fallait pas plus pour que les Bourses repartent à la hausse partout sur la planète. Mais l’enthousiasme a été vite douché. Dès le lendemain, il s’avérait que l’information sur le vaccin était douteuse. Et, confirmation que la menace d'une reprise de la pandémie est loin d’être écartée, on apprenait qu’en Chine la province de Jillin avait été placée sous confinement complet le 13 mai suite à la découverte de nouveaux cas de contamination.

Face aux soignants en colère de la Pitié Salpêtrière, Macron, le Tartuffe, n’a pu que confesser « On a sans doute fait une erreur » à propos de la réforme du système de santé engagé il y a deux ans, car ce n’était « pas du tout suffisant compte tenu de l'état où était l'hôpital ». Une nouvelle provocation après l’annonce faite mercredi au sortir du conseil des ministres, de rétablir la médaille d'honneur des épidémies (créée en 1884 suite à une épidémie de choléra !) pour honorer les soignants et de les inviter à participer au défilé du 14 Juillet, alors que le décret pour leur verser les primes promises n’était toujours pas signé !

« Ces annonces sont une provocation » s’est indigné le cardiologue Olivier Milleron de l’hôpital Bichat, membre du collectif Inter-hôpitaux. « Nous on ne demande pas de médaille. On a fait notre travail. On demande juste des moyens qu'on demande depuis plusieurs mois pour faire notre travail ».

Provocation aussi, quand Véran annonçant le lancement le 25 mai d’une « grande réunion multilatérale des partenaires sociaux au ministère », promet de meilleurs salaires tout en prônant un assouplissement des 35 heures pour permettre aux infirmières d’augmenter leur rémunération en travaillant plus… Ce que les hospitaliers veulent, ce sont de véritables augmentations de salaires, des embauches massives, des moyens suffisants pour l’Hôpital… De nouvelles actions et rassemblements ou manifestations sont annoncées pour l’exiger,  autant d’occasions de manifester sa solidarité comme de dénoncer la politique du pouvoir.

C’est bien la politique du gouvernement Macron, dans la continuité de tous les gouvernements précédents, qui est responsable de cette dégradation continue du système de santé que ce nouveau plan annoncé ne fera qu’aggraver !

Le 29 février dernier, il y a plus de deux mois, un Conseil des ministres exceptionnel convoqué par Macron pour traiter de la propagation du coronavirus, décidait, impromptu, d’utiliser le 49-3 pour imposer contre les salarié.e.s mobilisé.e.s et la grande majorité de la population leurs nouvelles attaques contre les retraites. Un concentré de la duplicité et de l’arrogance de classe de ce gouvernement et du couple Macron-Philippe aujourd’hui, paraît-il en rivalité. En rivalité d’ambitions politiciennes, sûrement, mais totalement solidaires comme ils l’ont été durant ces longues semaines pour gérer les conséquences dramatiques sur le plan sanitaire de leur politique vouée au CAC40 et, aujourd’hui, pour improviser le déconfinement.

En réalité leur politique de police sanitaire visait et vise, bien plus que de protéger, à masquer leur incurie et à soumettre l’opinion pour commencer à mettre en œuvre de nouvelles attaques contre le monde du travail avec la loi d’urgence dite sanitaire. En jouant de l’union nationale, en appelant les syndicats comme les partis politiques à gérer ensemble la sortie du confinement, ils espèrent contenir, à défaut de pouvoir continuer à le confiner, le mécontentement alors que s’annonce leur débâcle économique. Ils espèrent pouvoir empêcher la révolte contre la politique qu’ils initient pour sauver leur système, l’économie capitaliste, frappé par la plus grande crise qu’il ait connue dans l’histoire.

« Les trois mots d’ordre qui président à notre stratégie de déconfinement : protéger, tester, isoler.», affirmait Philippe le 28 avril, puis le 4 mai. Les principes d’une politique sanitaire qui aurait dû être mise en œuvre dès les débuts de l’épidémie, il y a plus de deux mois, mais qui ne l’a pas été faute de moyens en lits, personnels, matériels, que tous les gouvernements depuis 30 ans se sont acharnés à supprimer pour faire de la santé une affaire rentable et aller vers sa privatisation. Faute aussi de masques, de tests. Aujourd’hui, à la veille du déconfinement, cela pourrait sembler moins pire mais le 7 mai, le ministre de la Santé, Véran, était toujours incapable de dire combien de tests étaient disponibles et quelle organisation était prévue pour les mettre en œuvre. Idem pour les masques, à partir du 11 mai, ils seront obligatoires dans les transports, pour les enseignants et les collégiens, dans les magasins, sur les lieux de travail, mais à chacun de se débrouiller. Après avoir menti en affirmant qu’ils étaient inutiles parce qu’il n’y en avait pas, le gouvernement a confié aux sociétés de la grande distribution le soin -et les bénéfices- de les vendre alors que la moindre des choses pour « protéger » serait qu’ils soient gratuits.

L’incurie du pouvoir, de Macron, face à l’épidémie a suscité un tel désaveu que même sa majorité à l’Assemblée est menacée, plusieurs dizaines de députés se préparant à quitter le groupe LREM pour ménager leur avenir et leur carrière. Ils sont gagnés par la peur du mécontentement, de la colère qui sourd de partout contre le pouvoir.

« Mes chers compatriotes, nous aurons des jours meilleurs et nous retrouverons les Jours Heureux. J'en ai la conviction » déclarait Macron dans son allocution du 13 avril… Énième provocation à l’heure où les classes dominantes et le gouvernement préparent activement les « jours d’après » que Philippe a esquissés au détour d’une phrase ce jeudi : « je crois que si nous voulons retrouver notre prospérité […] il faudra collectivement que nous nous en donnions les moyens par le travail, la solidarité, l’inventivité ».

Provocation et déclaration de guerre aux travailleurs appelés à « l’union nationale » et à la solidarité avec les multinationales françaises pour qui l’État ouvre grand ses coffres et garantit des centaines de milliards de prêts qu’elles n’ont aucune intention de rembourser. Air France-KLM, Airbus, Thalès, Dassault, Safran, Renault, la SNCF, et bien d’autres en appellent à leurs salariés et à l’État au nom de « l’emploi » tout en préparant licenciements et « suppressions de postes » dans leurs usines ou chez leurs sous-traitants, se débarrassant des intérimaires sans autre forme de procès et peaufinant leurs plans « d’austérité » et la remise en cause des droits des travailleurs pour que vivent les profits. Sur le seul premier trimestre, plus de 450 000 emplois ont été supprimés dans le pays.

« Plus de fric, plus de lits, à l'Hôpital public, ça sauve des vies », « Masqués, pas muselés », banderoles, pancartes et chansons sur les réseaux sociaux, aux balcons et aux fenêtres, affiches dans la rue, rassemblements... En ce Premier Mai, journée de lutte internationale des travailleurs, la révolte et le mécontentement, bien que confinés, auront réussi à s’exprimer.

Au point que Macron a cru bon dans un tweet de dire vouloir « retrouver dès que possible les 1er Mai joyeux, chamailleurs parfois, qui font notre Nation ». Comment ne pas voir, derrière cette familiarité condescendante, ce vulgaire mépris de classe de l’ami de Benalla qui cherche à ridiculiser les manifestations ouvrières contre lesquelles il a envoyé sa police, une vaine tentative de discréditer la révolte et les luttes, de conjurer sa peur de l’affrontement qui se prépare.

Samedi, c’étaient Castaner et Véran qui présentaient le projet de loi qui prolonge l’état d’urgence sanitaire et ses attaques contre les droits des salariés jusqu’au 24 juillet. Les ministres de l’Intérieur et de la Santé côte à côte, quel symbole ! On ne pouvait pas mieux illustrer l’action du gouvernement face à la crise, une police sanitaire à défaut d’une politique sanitaire.

La situation que nous connaissons donne à l’ensemble des questions leur dimension politique, d’autant que les contraintes du confinement limitent les possibilités d’action et obligent à consacrer l’essentiel de nos activités à l’intervention politique et au travail d’explication par le canal des réseaux en réponse à une situation inédite, pour beaucoup angoissante, qui suscite mille et une interrogations.

Le mouvement ouvrier, même confiné, garde, malgré les difficultés, ses moyens d’action d’autant que le rôle indispensable, à strictement parler vital, des travailleur.e.s dans la société s’affirme dans toute son évidence. Le lien entre la défense immédiate de nos conditions de travail et de vie, de notre santé à la veille du 11 mai et la bataille pour conquérir l’opinion, mettre à nu la logique de classe du pouvoir, armer politiquement la fraction le plus militante du mouvement, donner confiance et conscience se construit à travers chaque colère, chaque protestation, chaque action.

Macron a réussi à fixer un rendez-vous, le 11 mai, au mécontentement, à la colère et à la révolte qui couvent dans tout le pays, tant parmi celles et ceux qui sont en première ligne ou qui sont contraints d’aller au travail que parmi les confinés.

La reprise dans l’Education Nationale est devenue le point de fixation pour les familles comme pour les enseignants et les élèves. L’annonce surprise de Macron de la réouverture des écoles le 11 mai, à la façon des DRH et des patrons fixant leurs « objectifs », est une véritable mise au pied du mur des personnels de l’éducation, des transports, des services publics… Ceux-là même que Macron et Philippe n’arrêtent pas de « remercier ».

Face à ce mépris, un véritable tollé se répand parmi les enseignants et les parents d’élèves, devant l’absence de moyens sanitaires, le manque chronique de professeurs et de personnels pour encadrer les enfants, suite aux fermetures de classes et aux coupes budgétaires de ces dernières années. Macron a dû opérer un premier recul en annonçant sa rentrée « au volontariat » le 23 avril dernier. Il faut dire que le conseil scientifique dont il prétendait tirer ses décisions a fait savoir publiquement qu’il avait transmis son avis aux autorités le 20 avril. Or cet avis est clair et sans appel, même si au final le conseil a pris acte de la décision du gouvernement : « En conséquence, le Conseil scientifique propose de maintenir les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités fermés jusqu’au mois de septembre ».

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