Chili : les reculades de la gauche ont enterré la nouvelle Constitution, pas la révolte
Le 4 septembre, par un vote obligatoire, une large majorité (62 %) a rejeté la Constitution rédigée par la Convention Constitutionnelle. Une déception pour des millions de Chiliens voulant ainsi en finir enfin avec la Constitution dite de Pinochet. Et aussi, surtout, un revers pour le gouvernement de la nouvelle gauche de Gabriel Boric. Un échec et le désaveu de sa politique qui, tout en disant défendre une Constitution au contenu progressiste, recherche le compromis avec les forces du centre et de droite, avec l’État et la bourgeoisie, une politique qui a contribué à la victoire du camp de la réaction et des pinochétistes.
Nous comprenons la déception et la colère de toutes celles et ceux qui voulaient, enfin, tourner la page sanglante de la dictature de Pinochet. Mais la nouvelle Constitution ne représentait de garantie que pour les classes dominantes qui n’ont cependant pas accepté les quelques acquis démocratiques issus de la rue qu’elle portait.
Préparer la contre-offensive du monde du travail, œuvrer à la convergence des luttes et au rassemblement démocratique des révolutionnaires
Discuter des enjeux auxquels le mouvement révolutionnaire est confronté face à la situation sociale et politique commence par prendre la mesure du tournant en cours, sa signification et sa portée. Les propos de Macron en cette rentrée, - « la fin de l'insouciance et de l’abondance », « Nous sommes en guerre » - au-delà du personnage et de sa mise en scène, donnent à voir la façon dont les classes dominantes abordent la situation politique prenant acte, à leur façon, du tournant majeur qui s'est opéré à l'échelle internationale. Après le Covid, la guerre en Ukraine joue le rôle de révélateur et d'accélérateur des bouleversements en cours, des enchaînements irréversibles engendrés par la politique des classes dominantes en réponse à la crise mondiale du capitalisme financiarisé mondialisé, sa marche à la faillite.
Nous avons besoin d'une appréciation de la dimension inédite, spécifique du stade historique de développement du capitalisme et de ses conséquences sur les évolutions de la société, sur le déroulement de la lutte de classes.
Une rentrée scolaire dans la tourmente de l’offensive libérale
La rentrée s'annonce « convenable même si elle ne se déroule pas dans des conditions optimales »… « il y aura un professeur devant chaque classe dans toutes les écoles de France », annonçait le nouveau Ministre de l’éducation Pap N’diaye, une semaine avant la rentrée, alors qu’il manquait 4 000 enseignants début juillet, à l’issue des concours de recrutement. Début août, à l’Assemblée nationale, il reconnaissait une rentrée « plus difficile que d’habitude » et un recours aux contractuels « plus important que je ne souhaiterais ».
En prévision d’une rentrée qui révèle l’état de délabrement de l’école, de nombreuses académies comme celles de Versailles ou de Dijon ont organisé à la va-vite des recrutements de contractuels. Les candidat.e.s de niveau Bac+3 avaient 20 à 30 minutes pour convaincre un jury de leur « capacité à enseigner » et les sélectionné.e.s ont bénéficié d’une formation express de quatre jours à la veille de la rentrée pour apprendre à utiliser un cahier de texte, un cahier-journal, trouver des outils sur internet… avant de se retrouver seul.e.s, sans aucune expérience, devant une classe.
Catastrophes climatiques, crise énergétique, inflation, guerres, l’urgence d’une rupture avec le capitalisme en faillite
Depuis une dizaine de jours, les déclarations provocatrices se succèdent reflétant autant l’impuissance et la panique du gouvernement face à l’aggravation de la crise globale du capitalisme et à la colère sociale qui monte, que le cynisme de sa fuite en avant au service des classes dominantes.
Après « la fin de l’insouciance et de l’abondance » annoncée par Macron, Elisabeth Borne a décliné la « sobriété » à toutes les sauces. « L’heure n’est plus aux querelles entre les partisans d’une écologie des petits pas et ceux de la décroissance », a-t-elle déclaré devant le Medef, appelant chacun à « prendre sa part, à sa mesure » en « organis[ant] ensemble la baisse de la consommation d’énergie ». Elle a demandé aux entreprises de réduire leur consommation énergétique de 10 % dans les prochaines semaines… diminution qui s’inscrit le plus souvent dans les plans de réduction des coûts que les entreprises prévoient déjà. L’occasion aussi pour certaines de réclamer de nouvelles aides de l’Etat comme Lactalis, leader mondial des produits laitiers, qui en a profité pour demander le déplafonnement des aides publiques à l’investissement dans la transition énergétique.
Le socialisme, le communisme, « un projet de société » ou « le mouvement réel qui abolit l'état actuel » ?
« Écosocialisme, communisme, autogestion… Pour quel projet de société nous battons nous ? », ce débat est, en réalité, un débat sur notre programme, notre projet politique commun, plus largement celui du mouvement révolutionnaire, un débat qu’au final nous n’avons jamais, depuis la fondation du NPA, mené sérieusement alors que notre congrès de fondation l’avait mis à l’ordre du jour afin de clarifier les ambiguïtés stratégiques et programmatiques qui prévalaient à sa naissance. Cette faiblesse de direction, conséquence des réticences de la principale fraction du NPA, la section française de la IV, à soumettre à la discussion sa propre orientation des partis larges combinée à l’écosocialisme, est une des principales explications du renforcement des divisions au sein du NPA et de son affaiblissement.
Pour en finir avec « l’insouciance » cynique des capitalistes et de leurs serviteurs, faire nôtre la méthode anglaise de la révolte et de la lutte
« La fin de l’insouciance, la fin de l’abondance » a eu le culot de promettre Macron ce 25 août alors que des centaines de milliers de familles ne savent comment elles pourront se chauffer cet hiver, que l’inflation bondit, plus 24,5 % pour la viande, 18 % pour les pâtes… Les prix en grande surface ont augmenté de 7 % sur un an et pourraient atteindre 10 % d’ici la fin de l’année. Quant à l’électricité, les prix de gros pour 2023 ont battu de nouveaux records vendredi, 1000 € le mégawattheure alors qu’il y a un an il était de 85 €.
« Les combats que nous avons à mener, nous ne les gagnerons que par nos efforts » a péroré Macron mercredi au conseil des ministres dans la continuité de ses provocations du 19 août à Bormes-les-Mimosas demandant « de la force d’âme pour regarder en face le temps qui vient […] et accepter de payer le prix de notre liberté et de nos valeurs » !
La guerre en Ukraine, un tournant politique majeur vers un état de guerre permanent pour les besoins du capital
La guerre barbare et réactionnaire déclenchée par Poutine contre l’Ukraine s’inscrit dans un tournant politique majeur dans la situation internationale, en Europe et ici qui bouscule pour les années à venir les conditions dans lesquelles les travailleurs, les militants du mouvement ouvrier mèneront leur combat.
C’est pourquoi cette discussion est plus que nécessaire, et il est indispensable de s’affranchir de tout ultimatisme qui au nom d’un prétendu anticampisme voudrait disqualifier les positions qui ne cadreraient pas avec un nouveau type de... campisme.
La lutte contre l’extrême-droite et la montée des idées réactionnaires indissociable du combat de classe pour en finir avec le capitalisme
Avec l’entrée à l’Assemblée de 89 députés, alors que 8 du FN avaient été élus en 2017, le RN est le principal vainqueur de cette séquence électorale, une menace lourde de dangers dans le contexte de guerre sociale et de guerre tout court menées par les classes dominantes et le gouvernement. Une situation qui est loin d’être cantonnée à la France, alors qu’en Italie, l’extrême-droite arrive en tête des sondages des élections de septembre pour remplacer le gouvernement Draghi.
Face à la spirale inflationniste prix-profit, augmentation et échelle mobile des salaires, contrôle des multinationales, des banques et de l’État par les travailleurs
A en croire le gouvernement ou les experts économiques, il faudrait éviter à tout prix la fameuse « spirale prix-salaires » qui serait pire que le mal. Mais il suffit de voir les résultats de la plupart des grands groupes capitalistes pour constater que la seule spirale, c’est celle prix-profits, la hausse des profits se nourrissant directement de la hausse des prix.
Stellantis vient d’annoncer un bénéfice net de 8 milliards d’euros sur 2022, + 34 % sur un an. Pourtant, le groupe automobile a vu ses ventes reculer de 7 %... Mais il a profité des pénuries de semi-conducteurs pour augmenter ses prix et sa marge.
Même chose pour Hermès, qui annonce 1,64 milliard de bénéfices nets, une hausse de 39,7 % grâce à une marge « historique » de 42,1 % ! LVMH, numéro un mondial du luxe, vient d’annoncer 6,5 milliards de bénéfice sur 2022, soit + 23 % par rapport à l’an dernier.
Quant à TotalEnergies, les hausses des prix de l’énergie ont fait exploser les marges de raffinage. Le résultat net du groupe atteint 18,8 milliards de dollars sur le semestre, trois fois plus qu’en 2021. La multinationale a dégagé 25 milliards de cash, qui vont servir entre autres au rachat d’actions pour faire monter les cours. Indécent, au point que TotalEnergies s'est senti obligé d’annoncer une remise de 20 centimes à la pompe en septembre et octobre, puis 10 centimes en novembre et décembre… Tout aussi indécent, une aumône par rapport à leurs superprofits !
Ne rien attendre des joutes parlementaires, prendre la bataille pour les salaires en main nous-mêmes, s'attaquer au capital et au profit
Tandis que la guerre poursuit ses ravages insupportables en Ukraine, que l’inflation continue de grimper rendant la vie de plus en plus difficile pour des milliards d’êtres humains, que la révolte populaire qui couve dans les pays pauvres condamnés au pire dénuement vient d’exploser au Sri-Lanka et en Equateur, prolongeant la longue liste des révoltes sociales qui ont émaillé les dix dernières années, le Parlement débattait et adoptait le « projet de loi portant mesures d’urgence pour la protection du pouvoir d’achat », avant d’enchaîner sur le projet de loi de finance rectificative (PLFR), portant lui aussi diverses mesures censées améliorer le pouvoir d’achat.
Le bloc réactionnaire, le parti présidentiel, LR et le RN, s'est retrouvé uni pour imposer son refus de toute augmentation de salaire en distribuant quelques mettes afin de donner le change face au mécontentement. La Nupes a voté contre, à l’exception de 18 députés qui n’ont pas pris part au vote, tandis que 17, tous du PS, se sont abstenus.



