Décidément, Hollande aura été au bout du ridicule et de l’indignité. N’a-t-il pas déclaré à son entourage, selon Le Monde du 12 avril, « Cette campagne sent mauvais. » ? A cause des affaires, de la mise en examen de Fillon ? Vous n’y pensez pas. Il s’alarme à mots couverts d’un deuxième tour Le Pen – Mélenchon, qu’il renvoie dos à dos pour mieux lâcher Hamon, liquider le Parti socialiste et soutenir Macron en disant « La politique a besoin de renouvellement ». Jusqu’au bout, comme tout au long des 5 dernières années, Hollande aura servi les classes dirigeantes contre son propre parti au mépris de celles et ceux qui l'avaient porté au pouvoir.

Oui, il y a vraiment de quoi être écœuré par ces hommes politiques satisfaits de servir les grosses fortunes et le patronat, englués dans les affaires de corruption, les reniements et leurs calculs manœuvriers de carriéristes. Voilà pourquoi, pour des centaines de milliers de travailleurs et de jeunes, le débat entre les 11 candidats le soir du 4 avril où Philippe Poutou a osé dire leur fait à Fillon et Le Pen a été un événement. « Depuis janvier, c'est le régal, Fillon, il est en face de moi, plus on fouille, plus on sent la corruption, la triche. En plus c'est des bonhommes qui nous expliquent qu'il faut la rigueur, et ils piquent dans les caisses ». Une vérité claire et nette face à l’arrogance d’un Fillon qui exige la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires, le recul de l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans et une augmentation de 2 % de la TVA alors qu’il a fait attribuer à sa femme et à ses enfants, avec de l’argent public, plus d’un million d’euros de salaires pour des emplois fictifs !

Cet article se propose de revenir sur les deux décennies qui nous séparent de l'élection présidentielle de 1995 qui vit le mouvement révolutionnaire obtenir pour la première fois, en la personne d'Arlette Laguiller, un score significatif en dépassant les 5 %. Alors que s'achève la première phase de la campagne de 2017, sans préjuger des résultats électoraux, il nous semble important de jeter un regard critique sur cette période qui a été riche en occasions que le mouvement révolutionnaire n'a pas pu ou su saisir. Cela nous semble indispensable pour discuter d'une politique pour la suite quels que soient les scores que réaliseront Philippe Poutou et Nathalie Arthaud. 2017 solde les comptes de ces deux décennies, écrit de nouveaux rapports de force politiques. Il y a quelques semaines, la presse s’empressait d’enterrer le mouvement révolutionnaire, un peu hâtivement. Celui-ci démontre sa vitalité dans un contexte difficile. Une nouvelle période s’ouvre et nous avons besoin de l’aborder en tirant les enseignements des échecs passés.

A travers la confusion des batailles entre les candidats qui aspirent à servir les classes dominantes, les affaires, la corruption généralisée du système qui s'affiche, les convergences des différents programmes, à des degré divers tous libéraux et nationalistes, tous intégrés au système même quand ils prétendent rompre avec lui, un fait, une idée émergent et s'imposent : le véritable clivage n'est pas entre la droite et la gauche, populiste ou non, mais bien entre les travailleurs, les classes populaires et l'oligarchie financière, les riches.

Toute la vie sociale est façonnée par ce clivage, dominée par la lutte entre les classes dans laquelle les riches, les classes dominantes ont l'initiative et exercent une pression chaque jour plus forte sur le monde du travail.

Contre la tyrannie de la finance

Récemment a été publié le classement du magazine Forbes des milliardaires dans le monde. Leur nombre a augmenté de 13 % en un an, franchissant pour la première fois la barre des 2000 (2043 précisément, contre 1810 l'an dernier). Leur fortune globale a fait un bond de 18 % pour atteindre les 7 670 milliards de dollars. La France en compte 39. Les cinq premières d'entre eux représentent à elles seules 125,8 milliards de dollars. Bernard Arnault arrive en tête avec une fortune estimée à 41,5 milliards de dollars. Le patron de LVMH passe de la quatorzième à la onzième place mondiale. Il est suivi dans le classement français par Liliane Bettencourt. L’héritière du groupe L’Oréal pèse actuellement 39,5 milliards de dollars. Serge Dassault est en troisième position avec 16,1 milliards de dollars. François Pinault est quatrième avec 15,7 milliards et Patrick Drahi est cinquième avec 13 milliards.

Samedi 25 mars, les 27 dirigeants des pays de l’Union européenne se sont retrouvés à Rome pour commémorer un des principaux actes fondateurs de la construction européenne, le Traité de Rome. Signé en mars 1957 par l’Allemagne de l’Ouest, la France, la Belgique, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas, il instaurait la Communauté économique européenne, embryon de l’Union européenne actuelle, et entamait la construction progressive du Marché commun européen.

La cérémonie a pris fin sur la traditionnelle photo de famille, après le vote unanime par « les 27 » d’une déclaration commune qui affirme que l’« Union est une et indivisible », que « L’Europe est notre avenir commun ».

Belles formules, mais qui sonnent creux, alors que Theresa May déclenchait, le 29, la procédure de sortie de l’UE de la Grande Bretagne. Alors également que, dans la campagne présidentielle française, une bonne partie des candidats cherche à dévoyer le mécontentement et la révolte populaire contre les politiques d’austérité impulsées par l’Union européenne en mettant en avant des programmes anti-européens, souverainistes, de repli au sein des frontières nationales. Au cœur de leurs programmes se trouve, d’une façon ou d’une autre, la « sortie de l’Euro », le retour à une monnaie nationale.

La campagne électorale révèle de façon aigüe la décomposition des vieux partis au service de la bourgeoisie. Les primaires qui étaient censées donner un semblant de légitimité aux candidats LR et PS, déconsidérés par des années de partage du pouvoir et d’offensive brutale contre les classes populaires, ont au contraire accéléré la débandade. Au sein d’un parterre d’anciens premiers ministres et ministres, les outsiders sont sortis du chapeau. Depuis, le jeu de massacre ne fait que s’amplifier. Les rivalités exacerbées s’affichent sans complexe ni retenue et tout ce petit monde s’active à la manœuvre, soupèse, négocie.

Fillon personnifie le cynisme, l’arrogance et la violence de leur monde, celui où tout est permis à ceux qui ont l’argent, le pouvoir, qui mis en examen pour détournement d’argent public regardent droit dans les yeux, sourire aux lèvres, et annoncent du sang et des larmes. Qu’importent le million d’euros prélevé dans les caisses de l’Etat pour des emplois fictifs, les « cadeaux » à plusieurs dizaines de milliers d’euros, les mensonges, les revirements, les révélations qui se succèdent et éclairent un peu plus ce monde des serviteurs de l’argent et du pouvoir. Fillon a repris l’offensive au Trocadero, entouré de tout ce que la droite compte de plus réactionnaire, en appelant aux sans-culottes (à défaut des sans-costumes sans doute). Il est redevenu un candidat presque « normal », juste « mis en examen »… un candidat des riches et des puissants derrière qui se sont à nouveau rangés nombre d’« indignés » qui criaient au scandale la veille, jusqu’à Juppé lui apportant son parrainage ou l’UDI comptant les circonscriptions comme si de rien n’était…

Dans le dernier numéro de Lutte de Classe (n°182 - mars 2017) Lutte ouvrière publie un article intitulé La « stagnation séculaire » ou l’âge sénile du capitalisme  qui vise à apprécier le moment que nous connaissons dans l'histoire du capitalisme. L'article se veut une réponse à l'illusion que le capitalisme pourrait sortir de sa crise en opposant à celle-ci l'issue d'une transformation révolutionnaire. En fait, le lecteur reste sur sa faim tant le raisonnement est refermé sur lui-même, transforme l'issue révolutionnaire en une proclamation.

Dans l'introduction de son article, LO pose la question : « Mais, derrière la stagnation séculaire pensée comme conjoncturelle ou structurelle, il y en a, en fait, une autre question ? : le capitalisme est-il capable de développer encore les forces productives ? » Et de poursuivre « Il n’est pas question ici de débattre de l’imminence de la révolution, mais d’en vérifier les conditions objectives. C’est pour cela que la capacité du capitalisme à développer toujours et encore les forces productives a régulièrement fait débat, notamment quand, dans les années suivant la Deuxième Guerre mondiale, le capitalisme affichait de forts taux de croissance, inconnus jusque-là, alors qu’en 1938, à la veille de cette même guerre, Trotsky ne pouvait que constater dans le Programme de transition que « les forces productives ont cessé de croître ». » Il y a effectivement besoin de comprendre pourquoi le capitalisme a connu un second souffle, si l'on peut dire, et les conséquences que cela a du point de vue du mouvement ouvrier et des perspectives révolutionnaires. Le capitalisme a-t-il encore un avenir devant lui et sinon, qu'est-ce qui redonne à la perspective révolutionnaire sa force ?

La campagne présidentielle jette un éclairage cru sur cette société, les rapports de classes qui la divisent et la psychologie de la classe dominante à travers celle de ses politiciens. Fillon, Macron ou Marine Le Pen en sont des illustrations particulièrement cyniques, chacun et chacune dans son registre. Le tout-m'est-dû, le cynisme et le mépris du peuple s'affirment avec arrogance, arrogance qui devient un argument pour convaincre, assumer sans vergogne que les dirigeants sont au dessus des lois comme ils croient être au dessus du commun des mortels. Comme le croient leurs commanditaires, les multinationales du CAC40 qui ont réalisé quelque 75,5 milliards d’euros de bénéfices nets en 2016, une hausse de 32 % par rapport à 2015.

Cet éclairage est une leçon de choses pour toutes celles et ceux qui croyaient encore qu'il était possible de composer avec eux, voire de faire barrage à Le Pen en votant pour un de ses concurrents ou, plus globalement, que ce système, son économie pouvaient être réformés à travers ses institutions, ses lois avec la collaboration des classes dominantes. Une illusion qui a fait beaucoup de dégâts dans le passé et que Hamon ou Mélenchon veulent, à nouveau, nous vendre.

Les 11 et 12 février s’est déroulé la 2ème Assemblée citoyenne de Podemos, appelée « Vistalegre 2 » du nom de la salle Vistalegre, à Madrid, où il s’est tenu, tout comme s’y était tenu « Vistalegre 1 », le congrès de fondation de mars 2014.

Vistalegre 1 avait inauguré une période de succès électoraux de Podemos, municipales, parlements des communautés autonomes… Mais la « machine de guerre électorale », comme se définissait le parti, s’était cassée le nez sur l’objectif de devancer le PSOE aux élections législatives de décembre 2015, puis de juin 2016. Voir l’article Crise politique en Espagne, revers de Podemos ou la nécessité d’un parti anticapitaliste et révolutionnaire publié dans la lettre électronique n°2 de Débat révolutionnaire en juillet 2016. Ce revers électoral s’est traduit par une crise interne profonde qui a failli conduire le parti à l’implosion et que ce deuxième congrès était censé contribuer à résoudre.

La Révolution russe de 1917 a été le produit d’une longue maturation inscrite dans le développement du capitalisme et des luttes de classe. Elle a été aussi le produit de la maturation d’idées de celles et ceux qui voulaient en être les acteurs, qui l’ont préparée, pensée, construisant leur stratégie à travers d’âpres discussions et combats politiques dont sont nés les différents courants au sein du mouvement révolutionnaire russe, et qui eurent leurs prolongements dans le mouvement ouvrier international. C’est ce combat politique que retrace Trotsky dans son texte Trois conceptions de la révolution, écrit en 1939

Le 2 février dernier, à Aulnay-sous-Bois, Théo, 22 ans, était passé à tabac par 4 policiers, violé avec une matraque. Cet acte barbare n’est pas un fait isolé. Mardi, Mohamed K., ami de Théo, a affirmé avoir été violenté par les mêmes policiers de la BST (brigade spécialisée de terrain), le 26 janvier, au même endroit que Théo. On apprend ensuite que le commissaire d’Aulnay-sous-Bois, patron des quatre policiers mis en examen, a été condamné en 2008 pour ne pas s'être opposé à des violences policières. La même semaine, un membre du syndicat Unité Police SGP-FO, osait dire : « Le mot Bamboula, ça reste encore à peu près convenable », témoignant de la banalité des propos racistes dans la police.

L’été dernier, c’était Adama Traoré qui mourait victime de violences policières. Depuis, rien n’a été fait contre les policiers responsables, mais les deux frères d’Adama ont été condamnés à trois mois et huit mois de prison ferme pour avoir réclamé la vérité sur la mort de leur frère. On ne peut pas mieux dire que la police est assurée de l’impunité.

Elle s'affiche avec cynisme quand on voit la prétendue justice accepter l'hypothèse que le geste abject du policier contre Théo ait pu être involontaire.

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