Alors que les régionales se déroulent dans une grande indifférence, le monde politicien s’agite à la perspective de la présidentielle dans la même indifférence si ce n’est une profonde inquiétude face à la menace de Le Pen et le malaise général que suscite l’offensive réactionnaire orchestrée par les partis institutionnels avec la collaboration active des médias.

Rien de bon du point de vue des classes exploitées ne pourra sortir de cette mascarade qui agite les pantins que la bourgeoisie finance pour assurer le service après-vente de sa politique contre le monde du travail. Ceci dit, toutes celles et ceux qui veulent changer le monde, défendre les droits des exploité.es, des couches populaires, ont tout intérêt à s’y inviter pour faire entendre une voix subversive, contestataire, une voix de classe, celles des travailleurs, de la lutte pour renverser ce système d’exploitation et d’oppression. L’ampleur des bouleversements en cours tant du point de vue de l’économie capitaliste, des politiques de l’oligarchie financière et des États qui la servent que de l’évolution des consciences de celles et ceux qui en sont les victimes, la décomposition de la gauche tant syndicale que politique incapable de rompre avec le système et ses institutions alors que s’annoncent de profonds mouvements de révolte rendent l’intervention des révolutionnaires sur le terrain électoral indispensable.

La campagne des régionales commence officiellement ce lundi. Prélude à la bataille de la présidentielle, elle se déroule dans un contexte d’offensive réactionnaire contre le monde du travail, de surenchères et de délitement des partis institutionnels. La décomposition politique s’accélère. Une majorité de ce qu’il reste de la gauche institutionnelle a été jusqu’à se mettre au garde-à-vous devant Darmanin et ses préfets aux côtés des Le Pen, Bertrand, Zemmour et autres Bigard… pour chanter les louanges de la police « républicaine » et de « l’Etat français ». Comme si celui-ci n’était pas au service des classes dominantes, de la finance, des milliardaires « français » face aux exigences sociales et démocratiques des travailleur.ses, de la jeunesse. Outre les « bavures » à coups de grenades lacrymogènes ou tirs de LBD dans les quartiers populaires, contre les gilets jaunes et celles et ceux qui contestent leur société, cette police a récemment été envoyée gazer et tenter de disperser, à Paris, celles et ceux qui étaient venus dire leur solidarité avec le peuple palestinien. Il y a quelques jours, devant le site de pôle emploi, un policier jetait au sol la députée LFI Bénédicte Taurine venue soutenir les agriculteurs manifestant à l’appel de la Confédération paysanne. Si cette agression, filmée, a été condamnée par une partie du monde politique, c’est essentiellement pour l’outrage fait à la fonction. Le vice-président LREM de l’Assemblée nationale s’est même senti obligé de témoigner de sa « solidarité républicaine » : « la violence employée à l'endroit d'une élue de la Nation, arborant son écharpe tricolore, est inqualifiable et inadmissible ». La répression des manifestants, elle, est dans l’ordre des choses.

Aux élections municipales, régionales et pour la nouvelle Convention constitutionnelle (Constituante) des 15 et 16 mai, la droite arrogante et haïe a été laminée. Iracir Hassler, jeune communiste à la tête d’une coalition de gauche, a ravi la mairie de Santiago à Felipe Alessandri, représentant d’une famille de droite extrême historique. Les résultats de la droite présidentielle (39 élus sur 155) ne lui permettent même pas d’opposer son droit de veto à l’élaboration de la nouvelle Constitution que le mouvement de 2019 a imposée dans la rue.

Et principale surprise, 58 « indépendants » dont 25 proches des anticapitalistes, porte-paroles des mouvements de femmes, de jeunes, d’indigènes, d’écologistes, contre la répression policière de ces dernières années, ont aussi été élus à la Convention, telle une figure du mouvement social d’il y a deux ans, « Tante Pikachu », femme du peuple de toutes les manifestations. Ils ont donné un camouflet à la droite du Président Piñera, milliardaire à la fortune estimée à 2,9 milliards, alliée à l’extrême droite, avec tous les moyens et médias possibles face à des candidats dépourvus de tout cela.

« L’armée peut-elle sauver la France ? », telle était la une du torchon d’extrême-droite Valeurs actuelles publiant la deuxième tribune de militaires, cette fois d’active, dans la foulée de l’appel des généraux en retraite du 21 avril 2021, date qui faisait référence au 21 avril 1961, lorsqu’un « quarteron de généraux » perpétrait un putsch militaire à Alger contre De Gaulle pour défendre l’Algérie française. Tout un programme que reprend à son compte la deuxième tribune adressée « aux ministres, parlementaires, officiers généraux » accusés de « lâcheté, fourberie, perversion ». Il y est écrit : « La guerre civile couve en France. Si elle éclate, l’armée maintiendra l’ordre, parce qu’on le lui demandera ». Ces officiers se déclarent disponibles pour la répression contre les classes populaires clairement désignées : « Nous avons connu l’opération Sentinelle. Nous y avons vu de nos yeux les banlieues abandonnées, les accommodements avec la délinquance. »

La révolte de la jeunesse et de la population palestiniennes, partie d’un quartier de Jérusalem-est, s’est étendue en une quinzaine de jours à tous les secteurs de la population palestinienne malgré la violence de la répression, le morcellement de son territoire et la diversité de ses statuts qui lui a été imposée par plus de 70 ans de colonisation. Des millions de manifestants à travers le monde ont crié leur solidarité avec les Palestiniens et dénoncé les bombardements meurtriers de l’armée israélienne sur Gaza. Vendredi, après 12 jours de ce déluge de bombes qui a fait plus de 230 morts et près de 2000 blessés dans la population gazaouïe, Israël a dû concéder un cessez-le-feu.

Un soulèvement général contre l’oppression coloniale sioniste

Il y a dix ans, le 15 mai 2011, commençait en Espagne le Mouvement du 15M. A l’appel sur les réseaux sociaux de quelques jeunes qui s’étaient rassemblés sur la place de la Puerta del Sol à Madrid, un vaste mouvement de contestation commençait autour du mot d’ordre « Democracia real ya » (une vraie démocratie maintenant). Des centaines de milliers d’« indigné.es » occupaient les places dans une centaine de villes, en réponse aux conséquences sociales de la crise de 2007-2008 et à la politique d’austérité du gouvernement PSOE de Zapatero. Ce mouvement enthousiasmant, où tout le monde débattait, cherchait à tâtons les chemins pour « faire de la politique autrement », contestait le pouvoir des banques et des multinationales, s’inscrivait dans le prolongement des Printemps arabes, tandis que des mouvements identiques se développaient dans d’autres pays, comme en Grèce, mais aussi aux USA, avec Occupy Wall Street.

A l’heure où tout ce que la gauche institutionnelle compte de partis, courants et autres mouvements, cherche à donner un minimum de crédit à son ambition de retourner aux affaires au sommet de l’Etat, l’anniversaire du 10 mai 1981 était l’occasion à ne pas rater. Une « révolution suspendue » d’après Mélenchon qui a consacré une conférence entière sur le sujet. Chacun y est allé de sa commémoration, revendiquant et s’inscrivant dans la continuité de cette heure de gloire de la gauche unie pour gérer les affaires de la bourgeoisie… cherchant à faire oublier que sa fonction a été d’orchestrer l’offensive libérale pour le compte des classes dominantes confrontées à la récession économique. La même offensive, dans le cadre de la mondialisation capitaliste, que Thatcher en Angleterre et Reagan aux USA avaient déjà engagée avec brutalité.

L’arrivée de François Mitterrand au pouvoir après 23 ans de gouvernements de droite et l’entrée de 4 ministres PCF dans le gouvernement (Georges Marchais avait recueilli 15,3 % des voix au 1er tour, Mitterrand 25,8 %) avaient alors suscité un grand espoir dans le monde du travail et parmi nombre de ses militant.e.s. Espoir bien déraisonnable qui n’allait pas tarder à provoquer de profondes désillusions d’autant que l’ensemble des organisations de la gauche institutionnelle, politique et syndicale, s’employait à appeler à « donner du temps » et à faire taire toute contestation, entre autres en organisant l’exclusion des opposants dans les syndicats, en tentant de disqualifier les grèves telle celle des ouvriers des chaînes automobiles en 1983 qualifiées de « grèves des ayatollahs » par le pouvoir. La suite a été chèrement payée, économiquement, socialement et politiquement par le monde du travail et ses militant.e.s.

Le 25 avril dernier, la Marche lesbienne appelée par le collectif Collages lesbiens, a réuni près de 10 000 manifestant.e.s à Paris. Elle dénonçait le rejet par le sénat, le 4 février dernier, de la PMA pour tout.e.s, gratuite, une promesse de campagne de Hollande puis de Macron. Votée cet été à l’Assemblée, elle a été retoquée par les sénateurs réactionnaires de LR, qui défendent les valeurs rétrogrades de la famille catholique traditionnelle, salués par la Manif pour tous et la non moins réactionnaire association « Marchons, enfants ! ».

Soutenues par l’Église et l’extrême-droite, ces associations intégristes exercent une pression continue pour défendre l’ordre patriarcal, la famille traditionnelle hétérosexuelle qui enferme la femme dans le rôle subalterne de servante et procréatrice, pilier de l’ordre moral et social de la bourgeoisie.

Mais la PMA pour tout.e.s, gratuite, comme le mariage pour tou.te.s, s’impose aujourd’hui comme une évidence, un droit démocratique lié à la modernisation de la société, à la dissolution de la famille patriarcale et au développement de formes nouvelles de la famille.

Lundi 3, sur RTL, Le Maire présentait ses « quatre pistes » pour éponger la « dette covid », 168 milliards dépensés par l’Etat pour voler au secours des patrons : 1) miser sur la reprise économique ; 2) étaler la dette ; 3) transformer le pays, réformer ; 4) faire payer les entreprises ayant perçu des aides…

Le Maire laisse entendre qu’il veut faire payer les patrons… sans augmenter leurs impôts, simplement en faisant en sorte qu’une partie de ce qu’ils paient déjà aille au remboursement de la dette covid. Comme si allouer plus d’argent au remboursement de la dette sans augmenter les recettes ne revenait pas à diminuer d’autres lignes de dépenses budgétaires ! Le secret de ce tour de passe-passe est dans la « piste » 3 : « transformer le pays, réformer », c’est « poursuivre les transformations structurelles comme la réforme des retraites, que j’estime nécessaire dans notre pays » explique-t-il.

Et d’autres conséquences du traitement budgétaire de la crise de la covid s’abattent déjà. Entre autres, selon l’Association des Maires de France, « un tiers des collectivités locales vont augmenter leur taxe foncière » pour faire face à l’accroissement de dépenses indispensables alors que la participation de l’Etat ne cesse de diminuer.

Avec plus de 150 000 manifestants dans 300 défilés à travers toute la France, le succès de ce 1er mai a permis que s’exprime, déconfinée, dans la rue, la colère qui s’accumule depuis des mois, malgré, à Paris, les exactions de la police et les agressions odieuses et inacceptables contre la CGT, un début de réponse à l'offensive antisociale et réactionnaire qui se poursuit...

Nouvelle épisode de la surenchère sécuritaire du gouvernement, le projet de loi « relatif à la prévention d’actes de terrorisme et au renseignement » était présenté mercredi en Conseil des ministres. Le même jour, sept militants italiens, réfugiés depuis plusieurs décennies en France où ils ont refait leur vie, étaient arrêtés, présentés comme d’anciens membres des Brigades rouges, sous la menace d’une extradition vers l’Italie où ils encourent de lourdes condamnations.

Démagogie sécuritaire et bassesse policière qui s’accompagnent d’une offensive réactionnaire au nom de la défense des « principes de la République » contre les « communautarismes », entretiennent un climat raciste nauséabond qui encourage tous les nostalgiques de la vieille France coloniale, de la France de Pétain, de la sale guerre d’Algérie…

Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn