Quelques enseignements d'une longue séquence électorale...
Le premier tour de l'élection présidentielle a soldé les comptes de plus de 30 ans d'alternance ou de cohabitation droite-gauche au service des classes dominantes. Les Législatives ont fini de tourner la page, soldant définitivement les comptes du PS et de LR, tous deux désormais en lambeaux, sans le moindre ménagement pour les perdants. De puissantes rentes de situation se sont écroulées en quelques semaines, bouleversant le paysage politique. Et le jeu de massacre continue.
Ferrand, Goulard, De Sarnez, Bayrou : la farce des « mains propres » n’aura guère duré. En trois jours, quatre ministres sur dix-huit ont été contraints de démissionner. Celui de la Cohésion du Territoire, sous le coup d’une enquête judiciaire pour « favoritisme » au bénéfice de sa compagne et aux dépens d’une mutuelle et de ses assurés... Puis la ministre des Armées qui a annoncé son forfait en plein salon du Bourget, grand supermarché où elle officiait la veille avec Macron et Dassault, jouant les VRP pour les industriels de l’armement et qui a entraîné dans son sillage les ministres des Affaires européennes et de la Justice, visés par l’enquête sur des emplois fictifs d’attachés au Parlement européen. Parmi eux, l’inénarrable Bayrou chargé par Macron de la « moralisation de la vie publique » et de « rétablir la confiance »…
Face à Macron, faire vivre la contestation et un syndicalisme de lutte de classe
Le projet de loi d’habilitation publié par Le Monde confirme l’ampleur de l’attaque voulue par Macron, Philippe et Pénicaud, au-delà des annonces de la campagne électorale. Après ce simulacre de concertation avec les syndicats qui se sont prêtés à cette mascarade, le gouvernement se dépêche maintenant de faire passer ses mauvais coups.
S’il n’a toujours pas communiqué le contenu des ordonnances à ce stade, la loi d’habilitation indique déjà les domaines où il veut s’attaquer aux droits des salariés : liberté plus grande de licencier, remise en cause du contrat de travail avec le CDI lié à une mission, dégradation des règles d’utilisation des CDD et des contrats d’intérim, primauté de l’accord d’entreprise sur l’accord de branche, etc.
Dans un communiqué, la CGT dénonce, après sa 2ème réunion, le silence du ministère sur « l’étendue des régressions sociales contenues dans les projets d’ordonnances » en commentant : « Le gouvernement n’assume toujours pas sa réforme »… Il assume au contraire totalement ses mauvais coups et roule des directions syndicales qui font semblant de croire à ce jeu de dupes !
Face à cette situation, des initiatives commencent à se prendre, comme celle d’un appel unitaire lancé par Copernic et rassemblant des syndicats CGT, Solidaires, des partis, etc.
Par notre bulletin de vote et nos combats à venir, faire vivre la perspective d'un parti des travailleurs
Il aura suffit de peu pour que le masque du pouvoir laborieusement fabriqué à grand renfort de pub médiatique se fissure et laisse voir la vulgarité sociale du président prétendument moderne. Sa blague digne d'un militant du FN au café du commerce est édifiante. « Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien »... Tout y est, le cynisme et la morgue, le mépris social et le racisme.
C'est ce même mépris chevillé au corps qui guide sa politique qu'il met en marche sans attendre les résultats des législatives. Il s'empresse parce que son mépris ne l'aveugle pas au point de ne pas craindre celles et ceux qu'il veut rabaisser. Il les méprise parce qu'il les combat pour défendre les intérêts de sa classe, celle des riches et des possédants, des banquiers et des patrons. Il craint que les travailleurs rompent la tétanie qui frappe le pays étouffé par le déferlement de la langue de bois des fausses évidences libérales et des vrais préjugés réactionnaires. Il sait qu'il n'a pas de réel soutien ni d'adhésion, que son succès n'est que le produit d'une opération de marketing combiné à l'effondrement, aux capitulations de la gauche gouvernementale et des directions des grandes confédérations syndicales. Il sait que, sous la pression des attaques, la classe ouvrière pourrait rapidement retrouver la conscience d'elle même, de ses propres intérêts.
Du mensonge éclairé de la COP21 à l'obscurantisme affirmé de Trump, la classe capitaliste incapable de faire face aux menaces qu'elle a engendrées
Sans grand suspens, jeudi 1 juin, Trump a annoncé, « afin de remplir son devoir solennel de protection de l’Amérique et de ses citoyens » le retrait des États-Unis de l’accord contre le réchauffement climatique de Paris, signé en décembre 2015.
Cette annonce a aussitôt provoqué un festival de déclarations d’indignation, et d'abord en France. Il faut dire que le gouvernement français ne cesse de s’enorgueillir d'avoir réussi à faire signer cet accord à 195 pays, et que Trump vient, avec sa brutalité habituelle, de rappeler que les traités internationaux de ce genre ne sont que des chiffons de papier qui n'engagent que ceux qui y croient et qui peuvent être remis en cause au gré des changements de gouvernements.
Le soir même, Macron, pourtant peu connu pour ses préoccupations écologistes, a pris la pose à la télévision en français et en anglais « Je considère qu’il commet là une erreur pour les intérêts de son peuple et une faute pour l'avenir de la planète ». Et de finir, non sans ridicule à force de vouloir endosser le costume d'un grand de ce monde, par son bon mot : « make our planet great again ».
Faisons entendre le camp des travailleurs, votons NPA et LO !
Le nouveau gouvernement nommé, Macron et le patronat entendent se donner une majorité parlementaire pour mener les prochaines étapes de l’offensive au pas de charge. Tout laisse à penser qu’il obtiendra une majorité absolue tant l’empressement et la veulerie de ses prétendus opposants est grande.
Le calendrier se veut serré et la machine bien huilée, à voir les visages réjouis des représentants du patronat au sortir de leur rencontre à l’Élysée… comme celle des représentants CFDT, FO et CGT. « Patronat et syndicats plutôt rassurés après leurs entretiens à l’Élysée » titrait le journal Les Échos mercredi : « tous ressortis mardi, sinon satisfaits, du moins accommodants et prêts à discuter »…
Tout irait donc pour le mieux pour le nouveau Président, son gouvernement et le patronat… Il n’y a jamais eu autant de candidat-e-s se réclamant de la « majorité présidentielle ». Au point qu’ils doivent faire la circulation, séparer le vrai de la contrefaçon, les nominés des recalés. Difficile, semble-t-il, de faire respecter le brevet « République en marche » quand tout ce petit monde y court, non seulement les Touraine, Valls ou El Khomri mais une multitude d’autres, anciens et nouveaux, tous aussi décomplexés et mis en appétit par la distribution des places et l’espoir de faire le boulot pour les classes dominantes.
Une politique pour construire le mouvement et préparer l’affrontement face à ce gouvernement
Dès le 1er conseil des ministres le 18 mai, Macron a donné le ton : « très vite », la refonte du droit du travail. Ce faisant, il ne fait que répéter que ce qu’avait dit Gattaz la veille : « Il faut aller vite, pour la confiance, pour l’aspect attractif de la France. Il ne faut pas s’enliser dans cinq ans de discussions. […] Faisons-le en toute transparence, en concertation mais en rapidité ».
La nomination de Pénicaud comme ministre du travail est tout un symbole : Pénicaud a participé au cabinet Aubry jusqu’en 1993, puis elle est partie faire carrière dans le privé : plusieurs fonctions de direction mondiale au sein de Danone avant d’en devenir DRH, directrice adjointe de Dassault Systèmes et administratrice de grandes sociétés : SNCF, Aéroports de Paris, Orange… Un vrai profil patronal !
Notre tour est venu, les travailleurs candidats anti-système pour en finir avec Macron et la dictature de la finance
Les travailleurs, les classes populaires n'ont aucune raison de se réjouir du deuxième tour de la Présidentielle et chacun a éprouvé un légitime soulagement de voir enfin se conclure cette mascarade politicienne. Un soulagement aussi de voir Marine Le Pen défaite même si son éventuelle victoire était bien peu probable. Cette relative défaite ne corrige en rien l'évolution des rapports de force politiques au détriment du monde du travail qui n'augure rien de bon.
Certes Macron est mal élu mais il bénéficiera du recul global dont attestent ces élections pour accentuer et orchestrer l'offensive des classes dominantes. Il s'y est déjà consacré sous la houlette de Hollande qui l'a mis en selle et en a fait son héritier pour achever la liquidation du PS d'Epinay et prendre le relais des vieux partis déconsidérés aux yeux de l'opinion. Du point de vue des classes dominantes, il fallait changer la méthode de management et de marketing politique, renouveler l'encadrement pour avoir les mains libres afin de se livrer à de nouvelles spéculations financières et politiques en considérant le pays comme une multinationale européenne dans le jeu de la concurrence mondialisée.
L'élection de Macron répond à leurs besoins mais témoigne aussi qu'une fraction de la moyenne et petite bourgeoisie, aussi des salariés, sont dupes même si pour la plupart l'essentiel était de dégager tous les vieux hasbeen de la politique. Nous verrons si cette dynamique prend réellement, si Macron réussit, à la façon de Sarkozy, à subjuguer une fraction de l'opinion suffisamment large pour se donner les moyens de gouverner avec une forte majorité voire une majorité absolue. Les institutions de la Vème République améliorée, si l'on peut dire, par le quinquennat, lui en donnent les moyens en instituant l'élection du Parlement dans la foulée de la présidentielle avec le scrutin majoritaire à deux tours. Il n'est pas dit que cela suffise à élever le jeune arriviste au niveau de la Pyramide du Louvre. Le grand spectacle sons et lumières n'aura même pas duré le temps d'une soirée. Les tripatouillages continuent, un remake de la politique d'ouverture de Sarkozy. L'effondrement des vieux partis dont de nombreux membres éminents s'empressent de présenter leur curriculum vitae au nouveau chef du personnel va sans aucun doute l'aider sur le plan institutionnel mais pourrait bien ruiner le peu de crédit qu'il a pu conquérir dans l'opinion. Mais il est déjà prêt à gouverner par ordonnances...
Face aux nouvelles attaques annoncées, quelle politique pour aider à la convergence des mécontentements et des luttes ?
Ce deuxième tour des élections présidentielles traduit une situation inédite. L’abstention, les votes blancs et nuls marquent la colère de bien des milieux populaires, refusant ce système bloqué qui prépare le terrain au Front National et aux idées les plus réactionnaires. Pour tous ceux-là, Macron n’est pas un rempart contre le FN, mais bien le plus sûr moyen de voir ses idées renforcées si le monde du travail ne se mêle pas d’inverser le rapport de force.
Dans nos milieux de travail, parmi les syndicalistes ou la jeunesse, descendus dans la rue l’année dernière contre la Loi Travail, beaucoup avaient affirmé leur refus de voter Macron, au nom de « ni Patrie, ni Patron », conscients de l’offensive que celui-ci prépare contre les salariés. Cela s’est entendu lors du 1er mai, au point que Martinez a dû prendre position publiquement pour s’opposer au slogan « Peste ou choléra, on n'en veut pas » diffusé par le syndicat Info’com-cgt. Une tribune signée de dirigeants de la CGT dans l’Huma est même venue en remettre une couche, appelant explicitement à voter Macron dans le cadre de l’appel confédéral, « au titre de l'antifascisme, de la défense de la République démocratique et des libertés syndicales gagnées de haute lutte par les salariés »...
Le Pen, notre ennemie, Macron, l'ami de la finance - Préservons notre indépendance de classe, internationaliste !
Le lundi qui a suivi le premier tour de la présidentielle, la Bourse a bondi de 4 %. Les spéculateurs n'ont pas caché leur joie de voir deux candidats du capital gagnants et, surtout, leur chouchou placé en tête et quasiment déjà désigné comme le futur président. Épisode dérisoire mais symptomatique du climat de ces présidentielles, de cette campagne qui n'en finit pas de primaires en primaires puis de reniements en trahisons, la campagne des affaires, des jeux et calculs politiciens au sein d'un microcosme institutionnel qui convie le peuple à arbitrer ses rivalités pour servir les intérêts des classes dominantes, de la bourse.
Ces élections soldent les comptes de plus de 30 ans d'alternance ou de cohabitation droite-gauche au service des classes dominantes.
L'effondrement des partis de droite et de gauche cède la place à Macron, l'ami des banquiers et des patrons et à Le Pen, l'héritière raciste et xénophobe. Non seulement Macron n'est pas un rempart face à sa rivale mais il représente une étape vers la conquête du pouvoir par l'extrême-droite si le mouvement ouvrier et la jeunesse ne prennent pas les choses en main. Il suffit de l'entendre dire qu'il sera patriote pour mieux combattre le nationalisme pour comprendre que son double jeu hypocrite, son inconsistance qu’il compense par un sens aigu du pouvoir et des rapports de force, son arrivisme sans scrupule ne peuvent qu'ouvrir la voie à Le Pen. La possibilité que cela puisse advenir dès ce deuxième tour ne peut être totalement écartée.
2007-2017 : dix ans qui ont mûri les conditions pour en finir avec le capitalisme
Il y a bientôt dix ans éclatait aux États-Unis la crise de l’immobilier à risque, les « subprimes », déclenchant l’enchaînement en cascade d’une série d’effondrements, boursier, bancaire, économique… Les « sommets » internationaux des gouvernements des grandes puissances se succédaient, faisant de la « lutte contre la crise » leur premier objectif. Ils l’ont menée à coup de milliers de milliards, sauvant certes le système financier des conséquences de sa propre avidité, mais au prix d’un endettement public qui débouchait bientôt sur la crise de la dette publique européenne et ses conséquences, dont la situation actuelle de la Grèce n’est que l’exemple le plus tragique.
Dix ans plus tard, dans les hauts sommets des pouvoirs, on ne parle plus de « crise ». Les politiques d’austérité ont porté leurs fruits… du moins pour la poignée de grands capitalistes qui dirigent le monde, comme en témoignent les statistiques récentes sur la richesse de milliardaires, les résultats des grandes entreprises et les milliards distribués en dividendes à leurs actionnaires… Tout va donc pour le mieux pour le petit monde enchanté des super-rentiers.
Mais le système économique au crochet duquel ils accumulent leurs milliards n’en a pas moins du plomb dans l’aile, mettant à l’ordre du jour l’urgence de son renversement, de son remplacement par une autre société, socialiste, et réunissant en même temps les conditions matérielles et sociales d’une nouvelle période révolutionnaire.



