Macron s’enlise dans le marais du grand débat. Il croyait endormir la population, étouffer la colère et la révolte, noyer la contestation dans les eaux boueuses de sa logorrhée et de ses mensonges mais c’est lui qui s’y enfonce alors que le mouvement perdure comme la sympathie qu’il a suscitée. De plus en plus Gilets jaunes et militants syndicalistes se retrouvent au coude à coude. Une fraction du mouvement cherche à se coordonner comme en témoigne la deuxième « assemblée des assemblées » qui s’est tenue ce week-end. Les nouvelles attaques annoncées par le gouvernement contre les retraites, les fonctionnaires, l’école, les vagues de licenciements amplifient et étendent la colère. Et il y a tout lieu de penser que les conclusions du grand débat, aussi diluées et étalées dans le temps soient-elles, ne feront que l’exacerber. Macron s’isole lui-même, fait le vide autour de lui au point que son « ami » Sarkozy lui promet que « ça va mal finir ». Certes, un « ami » tel que Macron peut en avoir mais néanmoins connaisseur !

L’illusionniste n’a plus beaucoup de tours dans son sac. L’escroquerie politique du grand débat va se révéler dans tout son cynisme aux yeux des gilets jaunes, du monde du travail et des classes populaires, un nouveau geste de mépris, une nouvelle agression.

Macron a cru un moment pouvoir s’élever vers des sommets, ou du moins un peu au-dessus de sa bassesse quotidienne, en recevant le président chinois Xi Jinping comme il avait tenté, non sans ridicule, de le faire au début de son mandat avec Trump à peine élu. Tout aussi ridicule cette fois, face à la puissance capitaliste chinoise, le vieil impérialisme français fait figure de lilliputien. Il a cependant tenté de se hisser sur ses épaules pour mener… sa campagne électorale pour les élections européennes en conviant à la réception Merkel et Junker… Macron prend la pause du défenseur d’une Europe capitaliste en déroute en prétendant imposer à la Chine des relations équitables ! Le blabla macronien...

1) Après quatre mois de mobilisation, si le mouvement des Gilets jaunes a marqué le pas, il n’a pas dit son dernier mot malgré les pressions, la campagne de dénigrement et la répression. Et surtout, la crise qu’il a ouverte n’est pas près de se refermer. Il s’inscrit dans un tournant de la situation sociale et politique en résonance avec les mobilisations des femmes ou celle sur le climat alors que la bourgeoisie et l’État poursuivent leur offensive contre le monde du travail.

Cette longévité tout aussi inédite que la nature même du mouvement, la sympathie qu’il suscite, puisent leur force dans un sentiment profond d’injustice, d’humiliation pour beaucoup, que suscitent l’accentuation des inégalités et la politique délibérée de Macron et du gouvernement au profit non seulement du grand patronat mais des catégories sociales les plus privilégiées. La révolte aussi face à l’arrogance d’un pouvoir imprégné de son mépris de classe qui vient de franchir une nouvelle étape en donnant à cette arrogance le visage de l’insulte, de l’agression physique et policière.

Expression spontanée d’une profonde révolte de classe, celle des travailleurs, le mouvement n’échappe pas au recul du mouvement ouvrier et au climat idéologique ambiant, les confusions dites populistes, une aspiration à la justice sociale, fiscale dans le cadre du système, de la nation, au nom du peuple, une morale égalitaire et démocratique contre les élites, les politiciens. Des sentiments localistes, « l’horizontalité  », la méfiance vis-à-vis de toute forme d’organisation par en haut, ont représenté un handicap vers les convergences et l’ont privé, le plus souvent, de la possibilité de s’adresser à l’ensemble du monde du travail.

« L’ordre républicain a été maintenu, les bonnes consignes ont été appliquées, les résultats sont là… » a cru bon de se vanter Castaner au soir du 19ème acte. Dupe de lui-même, il ne réalise même pas que son gouvernement vient d’être mis en échec. Ces « résultats », c’est l’augmentation de 26 % du nombre de manifestants - 32 000 pour l’acte 18, 40 500 cette fois selon les chiffres du gouvernement -, c’est l’ambiance dans les manifs, la détermination, la fierté d’être là, ensemble, pour dire qu’on ne nous empêchera pas de manifester… Et une sympathie pour le mouvement qui ne faiblit pas.

Macron, aveuglé par son arrogance et son mépris social, comptait sur son Grand débat pour désamorcer la révolte sociale, avoir le mouvement à l’usure. Mais les dizaines de milliers de personnes qui se battent depuis des semaines pour leur dignité et leurs droits ne se sont pas laissé duper ni impressionner malgré une scandaleuse escalade répressive, de provocations et de calomnies.

La semaine dernière, alors que de nouvelles menaces tombaient contre les retraites, la loi anticasseurs était votée, autorisant, entre autres, les forces de l’ordre à effectuer des fouilles préventives, instaurant des zones d’interdiction de manifester… Cette mesure a été largement mise en œuvre dès ce samedi à Paris, Bordeaux, Toulouse, Nice… Des centaines de manifestants ont été embarqués, 172 placées en garde à vue, 103 verbalisés, condamnés à payer une amende qui est passée dans la semaine de 38 à 135 euros…

Le gouvernement et les médias se sont à nouveau emparés des violences qui ont émaillé, à Paris, la manifestation des gilets jaunes pour mener leur campagne de dénigrement, de calomnie contre le mouvement. Ils tentent de se dédouaner de leur responsabilité contre les manifestants. Pourtant ce sont bien eux qui, par leur mépris, leur hostilité de classe aux Gilets jaunes, aux classes populaires et à leurs exigences, comme par les provocations de leur police, alimentent les tensions et créent un terrain propice à des groupes marginaux. Cette campagne ne les sortira pas de l’impasse ni ne réussira à étouffer le mécontentement qui s’exprime de partout.

Macron a certes réussi à remobiliser ses troupes, à regagner une partie de son électorat face à Le Pen, à lancer sa campagne pour les européennes mais il est loin d’avoir convaincu. Comme il n’a rien à répondre aux exigences non seulement des Gilets jaunes mais de l’ensemble des travailleurs et des classes populaires, il lui faut encore et encore gagner du temps… Et aussi tenter d’impliquer un peu plus non seulement les syndicats mais les partis, les corps dits intermédiaires, les élus et notabilités dans la mascarade… Le Sénat et l’Assemblée nationale seront de la partie pendant que Macron continue sa tournée des popotes dans les régions après avoir reçu des intellectuels à l’Élysée... Le grand show continue et Macron « dépliera progressivement les réponses jusqu’à l’été » selon la ministre qui gère le barnum. Jouer la montre et l’esquive...

Près de 200 000 jeunes ont manifesté, vendredi 15 mars, dans plus de 200 villes de France dans le cadre de la journée mondiale de grève scolaire pour le climat. A travers le monde, c’est dans plus de 2000 villes d’une centaine de pays comme Berlin, Sydney, New Delhi, Nairobi qu’ont eu lieu des manifestations d’étudiants et de lycéens. Cette journée internationale est un succès pour le mouvement « Fridays for future » lancé il y a 8 mois par la jeune Suédoise Greta Thunberg pour protester contre le non-respect des engagements pris lors de la COP21 de Paris. « La civilisation est sacrifiée, pour qu’une minorité puisse s’enrichir », a-t-elle notamment déclaré lors de la COP24 à laquelle elle était invitée en décembre dernier.

Le lendemain, samedi 16 mars, la « marche du siècle » pour le climat a, à nouveau, rassemblé près de 350 000 manifestants dans toute la France, parfois en convergence avec l’acte XVIII de la mobilisation des Gilets jaunes.

En Algérie, en France et dans de nombreux pays, la journée internationale de lutte pour les droits des femmes a eu ce 8 mars un écho particulier alors que nombre d’entre elles sont aux avant-postes des luttes sociales et démocratiques de ce printemps naissant.

Dans les manifestations gigantesques de l’acte III contre les classes dominantes algériennes et leur pantin Bouteflika, différentes générations de femmes étaient au coude à coude dont beaucoup de jeunes (45 % de la population y a moins de 25 ans). Elles étaient nombreuses pour dire leur révolte et leur exigence de démocratie, de liberté, de justice sociale dans un pays où le code de la famille fait de la femme une mineure à vie, dépendante de son « tuteur », qui ne peut prendre seule les décisions et qui, si elle hérite, ne peut toucher qu’une demi-part… On ne badine pas avec la propriété...

Dans le monde entier, ce 8 mars, des millions de femmes ont manifesté contre l’arriération et l’obscurantisme, les préjugés, les violences sexistes dans la rue, à la maison, l’absence d’égalité au travail ; contre cette société d’exploitation et d’oppressions qui fait qu’une femme, sur tous les continents, a non seulement moins de droits qu’un homme mais est victime de violences inouïes. En France, sur les deux derniers mois, trente femmes ont été assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint.

Au mépris des manifestations populaires, insultant les centaines de milliers de jeunes, de travailleurs, de femmes qui sont descendus dans la rue ces derniers jours, le clan au pouvoir a décidé de maintenir la candidature de la momie Bouteflika à la prochaine élection présidentielle du 18 avril. Qu’il ait le cynisme d’annoncer qu’il n’ira pas au terme de son mandat ne fait que souligner le caractère sinistre et macabre de la manœuvre !

Seul dirigeant survivant de la lutte contre le colonialisme français, Bouteflika a été élu président en 1999 et réélu depuis à ce poste alors même qu’il est incapable de prononcer la moindre parole depuis qu’il a été victime d’un accident vasculaire-cérébral en 2013.

La classe dirigeante algérienne, tant celle qui accapare la plus grande partie de la rente pétrolière et gazière par le biais de sa mainmise sur l’appareil d’État et sur la Sonatrach, que les oligarques algériens qui ont constitué leur conglomérat et leur fortune à la faveur de la libéralisation de l’économie dans les années 1990 et 2000 avaient tous accepté cette mascarade organisée par le clan au pouvoir -frère du président, armée, services secrets. Unis par leurs intérêts communs de privilégiés, complices mais rivaux, ils craignaient que les dissensions qui ne manqueraient pas d’apparaître au sommet de l’État s’il fallait désigner un successeur à Bouteflika ne permettent à la population d’exprimer son mécontentement et ses aspirations.

Le dernier cercle Léon Trotsky organisé par Lutte ouvrière avait pour thème « Le capitalisme, un système économique à l’agonie, un ordre social à renverser » (lien), un sujet d’une grande actualité tant comprendre l’évolution du capitalisme du point de vue de l’avenir de l’humanité nous est indispensable. Comprendre les caractéristiques de la nouvelle phase du développement capitaliste, de la nouvelle époque à laquelle nous sommes confrontés, en relation avec les perspectives et les possibilités de transformation révolutionnaire de la société est une question centrale qui conditionne notre compréhension des tâches des révolutionnaires. Cette conférence a le souci de décrire le capitalisme aujourd’hui à la lumière des contradictions que Marx avait analysées au XIXème siècle pour argumenter sur l’actualité des idées et perspectives révolutionnaires. Elle manque pour une part son objectif en restant prisonnière d’une façon de voir dans le présent la continuation du passé, en particulier en ayant du programme de transition, écrit par Trotsky en 1938, une lecture dogmatique pour en faire le cadre obligé d’analyse et de compréhension du capitalisme aujourd’hui comme des voies et moyens de construire un parti révolutionnaire. Elle fait de la référence au trotskysme une norme au risque d’occulter les évolutions, les changements, les possibilités nouvelles pour les luttes d’émancipation. Le présent n’est ni la simple reproduction du passé ni sa simple continuité. Discuter des caractéristiques du capitalisme aujourd’hui, c’est discuter des possibilités nouvelles ouvertes par un monde en pleine mutation avec un regard critique sur le passé. DR a engagé cette discussion à travers différents articles ces derniers mois, nous souhaitons la poursuivre en fonction de ses conséquences militantes.

Les gilets jaunes sont loin d’être à bout de souffle. L’acte XV a une nouvelle fois exprimé la colère et le mécontentement qui traversent les classes populaires. Il a été une réponse à la campagne de mépris et de dénigrement du gouvernement. Le déferlement de propos réactionnaires sur tous les médias, l'indigne accusation d’antisémitisme viennent en complément de la matraque policière et judiciaire.
L’agression raciste, les injures antisémites dont a été victime la semaine dernière le philosophe Finkielkraut, en marge du défilé de l’acte XIV, sont évidemment intolérables. Les actes antisémites, comme tous les actes racistes, sont autant d’appels au mépris et à la haine, appels au meurtre en puissance, justifications de celui-ci. Mais c’est tout le mouvement qui a été suspecté d’antisémitisme alors même qu’un des auteurs principaux de l’agression était connu par la police, sa fréquentation des cercles intégristes et ses opinions aussi et qu’il avait été pour cette raison rejeté par les Gilets jaunes de Mulhouse. L’agression en question, rajoutée à d’autres actes antisémites qui n’avaient pas de rapport avec le mouvement, ont alimenté une campagne hargneuse, calomniatrice, haineuse.

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