Même si en France les manifestations de ce 1er mai ont été marquées par le « troisième tour » électoral et la préparation des législatives, la gauche parlementaire et syndicale essayant d’enfermer les aspirations des travailleur.ses et de la jeunesse sur le terrain institutionnel, ce 1er mai n’en a pas moins porté la nécessité de mettre un coup d’arrêt à la fuite en avant capitaliste qui entraîne les peuples et les travailleurs dans une spirale de drames et de violence.

En Ukraine, en à peine deux mois, des dizaines de milliers de personnes sont mortes sous les bombardements de l’armée russe, victimes des rivalités économiques, commerciales et aujourd’hui militaires des grandes puissances. Plusieurs millions de personnes ont été contraintes de fuir. Personne ne peut dire quels seront les développements de cette guerre ni écarter son extension tant ce qui s’y joue n’a rien de local. Biden vient de demander au Congrès 33 milliards supplémentaires pour la guerre, dont 20 milliards d'armements, sept fois plus que ce que les USA ont déjà envoyé.

La campagne présidentielle à peine finie, Macron, Mélenchon et Le Pen commençaient le troisième tour du match, chacun soucieux d’abord et avant tout de garder la main sur ses propres troupes et celles et ceux qui seraient tentés de négocier leur ralliement. Élu ou pas, tous les trois sont moulés, façonnés par les institutions de la Vème République, le régime présidentiel qui soumet l’Assemblée au président. Ils se disputent les restes des vieux partisbalayés qui se battent, pathétiques, pour tenter de sauver quelques députés, postes et sinécures pour celles et ceux qui n’ont pas pu ou su retourner leur veste à temps comme l’ont fait les Woerth, Sarkozy, Valls et autres Le Drian ou ceux dont personne ne voulait...

Macron l’a emporté, selon les estimations, avec 58,2 % contre Le Pen 41,8 %, score jamais atteint jusque-là par l'extrême droite, et une abstention entre 28 et 29 %, un record depuis 1969, sans trop de surprise même si « l’accident démocratique » était possible, issue la plus probable d’une élection dont tout a concouru à souligner le caractère antidémocratique. La machine a fini laborieusement par désigner celui qui, dans les années à venir, présidera à la gestion des affaires des milliardaires, des classes dominantes en répondant à leurs vœux, d’abord et avant tout la stabilité dans ce monde instable pour pouvoir au mieux ou au moins mal continuer leur business. Le débat entre les deux candidats de la bourgeoisie a poursuivi ce qu’il est convenu d’appeler la banalisation de Le Pen, c’est à dire la banalisation de ses préjugés réactionnaires dont Macron est le principal responsable et de par sa politique et de par sa campagne. En contribuant, avec courtoisie, à cette banalisation il reconnaît lui-même, reprend à son compte ses préjugés réactionnaires pour discuter de façon apolitique avec Le Pen de qui est le mieux à même de gérer les affaires des milliardaires en trompant le bon peuple. Il a introduit ainsi l’étape suivante de sa campagne : après avoir attiré à lui les gogos des sommets des partis de gauche pris de peur devant ce qu’ils ont eux-mêmes contribué à enfanter, bâtir pour les législatives un mouvement d’union nationale autour de lui ouvert non seulement à la droite mais aussi à l’extrême droite contre Zemmour et son union des droites. Le Pen éliminée, il affrontera l’extrême droite en portant ses habits neufs du président respectueux de... Le Pen… Jeux de rôles politiciens animés par des ambitions rivales toutes hostiles et arrogantes à l’égard du monde du travail.

La guerre en Ukraine, en plus des dizaines de milliers de victimes, des innombrables déplacé.es, des destructions sidérantes qu’elle cause sur place, s’accompagne de reculs économiques, de désorganisations, de régressions sociales qui touchent des milliards de personnes dans le monde. Elle n’en est pas la seule cause. Elle est, comme la pandémie de Covid, un produit et un facteur aggravant de la dégénérescence du capitalisme mondialisé. C’est lui qui est la cause première d’un creusement sans précédent des inégalités sociales qui fait que la quasi-moitié de l’humanité, 3,3 milliards de personnes, vivent aujourd’hui sous le seuil moyen de pauvreté, 5,5 dollars par jour, selon l’ONG Oxfam qui vient de publier un rapport intitulé « D’abord la crise, puis la catastrophe ».

Le bal des imposteurs, Macron et Le Pen, occupe le devant de la scène de cet entre-deux-tours. On nous ressert la tambouille cuite et recuite du président des riches défenseur de la République contre Le Pen, la fasciste, le scénario de 2017 en pire, produit d’un système électoral entièrement au service des forces institutionnelles qui plie les aspirations populaires à leur censure et volonté, soutenu par une presse aux ordres, fabriquant l’opinion, étouffant toute pensée pour le compte de ses commanditaires, les milliardaires.

Il est clair que Le Pen représente un danger pour l'ensemble du monde du travail, aucune voix ne doit se porter sur son nom. Ceci dit, elle est le produit des capitulations de la gauche et de la politique réactionnaire de Macron. Ce dernier au pouvoir se prévaudra de celles et ceux qui l'auront élu pour imposer l’union nationale, ses ambitions bonapartistes, sécuritaires et autoritaires pour être en mesure de conduire les affaires de la finance et des multinationales contre le monde du travail. Et la gauche se précipite pour arbitrer le débat !

Depuis l’annonce du duel Macron-Le Pen, les esprits sont monopolisés, captés par ce deuxième tour pourri, prisonniers des débats entre droite extrême et extrême droite, entre fascisation et fascisme. Et cela d'autant que les scores du mouvement révolutionnaire sont faibles.

Cependant, ce premier tour est révélateur d’évolutions au sein du monde du travail et de la jeunesse qui créent une situation inédite et rouvre la discussion sur de nouvelles possibilités pour le mouvement révolutionnaire. Cela nous oblige à prendre la mesure des effets de la crise globale du capitalisme, des ruptures, de la révolte profonde qu’elle provoque. Répondre aux nouvelles questions posées implique de tourner la page de la période passée, d’en faire le bilan pour regarder vers l’avenir, dépasser nos contradictions et nos divisions.

Après 5 ans d’offensive antisociale et réactionnaire du gouvernement Macron, ce second tour intervient dans un contexte très différent de 2017… Un contexte marqué par l’accélération de la décomposition du capitalisme, par les résistances et les explosions de colère qu’elle a entraînées, comme celle des gilets jaunes, du mouvement social, du mouvement féministe ou de la jeunesse contre les violences policières, racistes et l’inaction climatique. Ces cinq années ont approfondi des ruptures dans une fraction de la population, et notamment dans la jeunesse, rupture avec le système et ceux qui le défendent, rupture avec le jeu de dupe des élections.

Au final, après une campagne qui a laissé indifférente une large fraction du monde du travail, de la jeunesse et dont la guerre est venue souligner le dérisoire, les résultats du 1er tour de cette élection présidentielle pourraient ressembler à un remake de 2017, un deuxième tour Macron-Le Pen avec en troisième homme Mélenchon.

En réalité, ce remake cache de profondes évolutions. Certes Pécresse et Zemmour se sont effondrés avec respectivement 5,1 % et 7 % selon les premières estimations à l’heure où nous écrivons, effondrés au regard de leur délire politicien mais leur seule présence souligne un renforcement de la droite extrême et de l’extrême droite qui prend un visage particulièrement agressif, un visage de guerre civile, avec Zemmour imposant dans le débat le mythe complotiste du grand remplacement et la rémigration.

Au terme d'une campagne pendant laquelle il a cru bon jouer de sa stature de président, l’assurance de Macron convaincu que cette élection ne serait qu’une formalité qui ne méritait même pas un débat se trouve quelque peu ébranlée. Il n’obtient malgré tout au final autour de 28,50 %. Le président-candidat concentre sur lui tous les mécontentements. Il pensait pouvoir instrumentaliser la guerre en sa faveur jouant au chef de la diplomatie des grandes puissances occidentales et n’a réussi qu’à renforcer le rejet de l’imposteur au bénéfice d’abord de Le Pen avec environ 24 %, mais aussi de Mélenchon qui réussit à atteindre plus de 20 % des voix. Le Pen consolide sa deuxième place remportant la palme du double jeu en revêtant le déguisement cynique de la protectrice des classes populaires pour laisser Pécresse et Zemmour se faire les champions des politiques sécuritaires et racistes. La possibilité de la voir remporter le deuxième tour n’est plus une simple hypothèse mais bien une possibilité, « l’accident démocratique » à la française. Les appels du pied de Macron à l’électorat de gauche pour tenter de se donner à nouveau l’image du rempart contre l’extrême-droite sonnent tellement faux qu’ils auront bien du mal à convaincre.

Depuis 5 semaines, les populations d’Ukraine sont sous le feu de l’armée russe qui s’enlise dans une guerre fratricide. Les horreurs et les drames, les morts de soldats et de civils, les massacres, l’exode des populations, les dévastations, dont la tragédie de Marioupol est le symbole, suscitent émotion et colère, un sentiment d’impuissance aussi devant l’absurdité de ce déploiement de violences barbares qui semble incompréhensible. Et cela d’autant que Biden, Macron et l’Otan, qui disent hypocritement vouloir arrêter la guerre, loin de travailler à mettre en place un cadre permettant de créer les conditions d‘un cessez-le-feu, de négociations de paix, continuent leur politique de surenchères bellicistes. La guerre est maintenant au cœur de nos vies, banalisée par les politiciens comme les commentateurs des médias, discutée comme un mal certes mais un mal nécessaire, comme une fatalité, y compris jusqu’à la menace nucléaire.

Il n’y a là pourtant aucune fatalité mais l’implacable logique d’un système fondé sur la loi du plus fort, des rapports de dominations aveugles, une logique qui faisait dire à Jaurès, assassiné au tout début de la guerre de 1914, « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée l’orage ».

En effet, si la folie criminelle du nationalisme grand-russe de Poutine porte la responsabilité de l’agression, Biden, Macron et l’Otan y jouent leur sinistre rôle. Depuis la liquidation, en 1991, de l’URSS par la bureaucratie, ils ont voulu encercler la Russie en intégrant les pays de l’ancien glacis soviétique à leur alliance militaire déployant les bases militaires et anti-missiles de l’Otan à ses portes. Ils ont voulu intégrer l’Ukraine à leur offensive et entendent maintenant laisser Poutine s’enfermer dans son propre piège pour affaiblir la Russie, étendre et consolider leur influence et défendre leurs propres intérêts pétroliers et gaziers.

La guerre en Ukraine et l’exacerbation des tensions internationales font un peu plus vaciller l’économie capitaliste, perturbant les échanges commerciaux et, en particulier, l’approvisionnement en gaz, pétrole et céréales. Une aubaine pour les spéculateurs qui parient sur les pénuries et font flamber les prix, désorganisant un peu plus l’économie et menaçant à court terme de famine une partie de la population mondiale.

Alors qu’une grande fraction du monde du travail, des classes populaires et de la jeunesse n’arrive déjà plus à boucler les fins de mois, que 10 millions de personnes en France ont recours à l’aide alimentaire, l’inflation explose. Elle était officiellement de 3,6 % en février et l’Insee prévoit qu’elle atteindra 4,5 % au deuxième trimestre dans l’hypothèse d’un prix du pétrole stable… alors que divers économistes envisagent que le prix du baril, aujourd’hui autour de 115 dollars (il était à 78 dollars en début d’année) dépasse les 200 dollars dans les prochaines semaines.

Un mois après son déclenchement par Poutine le 24 février dernier, l’offensive meurtrière de l’armée russe en Ukraine s’enlise face à la résistance des troupes et de la population ukrainiennes, des informations faisant état d’un nombre élevé de morts parmi les soldats russes, le siège de la capitale Kiev par les troupes au sol s’avérant être un échec. Engagé dans une fuite en avant folle et barbare, Poutine a fait redoubler les tirs d’artillerie, de missiles et les bombardements aériens sur de nombreuses villes comme Kharkiv et Odessa. Marioupol et Mykolaïev au sud du pays sont pour ainsi dire rasées. Chaque jour de cette guerre aggrave le bilan des morts et des blessés dont une majorité de civils, des destructions d’immeubles résidentiels et des infrastructures, privant d’eau, d’électricité et de produits alimentaires la population des villes assiégées, contrainte pour survivre de se terrer dans les sous-sols ou de fuir comme l’ont déjà fait plus de 13 millions de réfugié.es.

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