Illustration de la folie d’un monde soumis à la loi des marchés, on a pu voir le 21 avril, à la bourse du pétrole de New-York, le prix du baril devenir négatif, des spéculateurs payant pour se débarrasser d’un produit qui déborde de leurs cuves !

Les mesures de confinement pour tenter de juguler l’expansion de la pandémie de Covid-19 dans un monde soumis aux intérêts privés des capitalistes ont eu pour conséquence un ralentissement brutal de l’économie qui s’est répercuté sur la consommation de pétrole, au point qu’elle aurait chuté de 30 % en avril et devrait le faire de 25 % en mai. La surproduction latente s’est aggravée.

Le simple bon sens voudrait que l’on réduise la production pour l’ajuster à la consommation. Mais les lois du capitalisme en décident autrement. Après avoir augmenté leur production sous le fouet de la concurrence, les pays producteurs, poussés par les acheteurs, ont fini par vaincre l’opposition de la Russie et de l’Arabie Saoudite et par s’entendre le 16 avril, sur une baisse de 10 % de la production mondiale. Baisse bien insuffisante ! Au cours des transactions chacun a tout fait, alors que la concurrence est exacerbée par l’effondrement de la demande, pour tenter d’augmenter sa part du gâteau au détriment des autres. Au risque d’entraîner l’économie mondiale, à travers les méandres obscurs des marchés financiers, dans la dépression et la faillite.

Macron a fixé la date : après un mois supplémentaire de confinement, le 11 mai sera le début du « déconfinement progressif » pour « permettre au plus grand nombre de retourner travailler, redémarrer notre industrie, nos commerces et nos services ». Aujourd’hui, Philippe a fait le service après vente pour convaincre chiffres à l’appui du sérieux des grande phrases présidentielles sans rassurer ni convaincre, bien au contraire.

L’improvisation est totale. Il y aura peu de moyens de protection supplémentaires, en particulier de masques qui manquent encore aujourd’hui cruellement même à ceux qui sont les plus directement exposés, des moyens bien insuffisants de tester les malades et la population, ni de se « distancier » dans les ateliers, les bureaux, les écoles, collèges ou lycées, mais peu importe… Il est plus que temps pour le patronat que le travail reprenne, que la production redémarre. Pour que les actifs puissent regagner les usines, les bureaux, il faut que les écoles rouvrent… Pour tous les autres, personnes « âgées », malades, « improductifs », le confinement continuera « au volontariat ». Et si ce dimanche, un avion cargo a atterri dans la région parisienne avec à bord 150 tonnes de matériel médical, 8 millions de masques, c’est à destination non des hôpitaux mais d’une entreprise privée !

Le gouvernement ne sait rien, n’anticipe rien, il veut juste attendre que les services de réanimation puissent un minimum absorber une nouvelle vague si l’épidémie repart… avec un « plan » ridicule pour les hôpitaux alors que le personnel hospitalier -qui se voit doté de primes dérisoires- est à bout, que les stocks de médicaments sont au plus bas… que les protections minimales manquent toujours autant et que dans le monde entier, les autorités médicales publient des protocoles pour choisir entre les malades face au manque de lits et de moyens.

Selon les dernières prévisions du Fonds monétaire international (FMI) publiées mardi 14 avril, au lendemain de l’intervention de Macron, l'économie mondiale devrait connaître en 2020 un effondrement historique. L’OMS et l’ONU avaient annoncé quelques jours plus tôt que cette récession allait entraîner dans les pays pauvres une véritable pénurie alimentaire. « Le monde a changé dramatiquement durant ces trois derniers mois, (..) le monde est entré dans le grand confinement. L'ampleur et la rapidité de l'effondrement de l'activité qui a suivi sont différents de tout ce que nous avons vécus dans notre vie » a déclaré la principale économiste du FMI, Gita Gopinath, il s’agit de la « pire récession depuis la Grande Dépression et bien pire que la crise financière mondiale » de 2008. Pire oui, d’une autre ampleur et surtout d’une autre nature… et tous font mine de ne pas voir ce qu’elle révèle de la faillite globale du système.

Macron comme l’ensemble des représentants des classes dominantes voudraient nous vendre le mensonge d’une récession causée par l’irruption imprévue d’un nouveau microbe, obligeant au confinement et donc à l’arrêt de l’activité économique, une crise extérieure au capitalisme, en quelque sorte une catastrophe naturelle… Et, prétendent-ils, grâce aux héros du quotidien que Macron célèbre sans leur donner plus de moyens, une fois « la guerre » gagnée, l’activité économique pourra redémarrer… même s’ils sont bien incapables de dire quand.

Macron croirait-il aux miracles ? Espère-t-il une résurrection de sa popularité depuis longtemps perdue ? Ou voudrait-il flatter la droite catholique ? Quels que soient les calculs de l’imposteur pour choisir ce lundi dit de Pâques pour une nouvelle allocution télévisée, il ne pourra faire oublier l’incurie criminelle de son gouvernement face à l’épidémie de Covid 19, la succession de mensonges proférés avec cynisme en invoquant la science ! Et il entend continuer son job, préparer la prochaine étape de la politique du pouvoir au service du CAC 40, continuer d’exécuter les desiderata du patronat qui n’a pas manqué de les formuler clairement.

Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef confiné dans son château du Croisic, au bord de la mer, près de La Baule, a été interviewé par Le Figaro samedi. « L’important, c’est de remettre la machine économique en marche et de reproduire de la richesse en masse, pour tenter d’effacer, dès 2021, les pertes de croissance de 2020 ». « Ensuite, a-t-il ajouté, il faudra bien se poser la question, tôt ou tard, du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire ».

Le ton est donné, « pertes de croissance », « travailler un peu plus », on nous refait le coup des sacrifices à faire pour surmonter la crise. Nul doute que Macron se chargera de mettre cela en musique sur l’air de la « solidarité nationale », ou autre version de l’union nationale et de l’union sacrée dans la continuité de la loi d’urgence sanitaire et de ses dérogations au Code du Travail.

Et il annoncera, avec la détermination et la fermeté du grand chef d’État auquel il prétend la prolongation du confinement tout en préparant le… déconfinement que souhaite le patronat, du moins pour les salariés de la grande industrie. Les grands groupes PSA, Renault, Michelin, Safran, Airbus veulent à tout prix rouvrir leurs usines -quand ils les ont fermées.

L’incurie du gouvernement face au Covid 19, ce sont les choix sociaux et politiques d’une classe dirigeante et de ses gouvernements successifs qui ont supprimé des dizaines de milliers de lits et de postes, fermé les hôpitaux, liquidé leurs budgets pour les remplacer par la tarification à l’acte...

En visite mardi 31 dans une entreprise fabriquant des masques chirurgicaux, Macron s’est mis en scène à l’heure des journaux télévisés de 13 heures, annonçant sa décision de retrouver « d’ici la fin de l’année […] l’indépendance nationale » dans la fabrication… de masques, laissant à la postérité cette phrase : « le jour d’après ne ressemblera pas au jour d’avant »… Dans un autre registre, Le Maire pérorait le 30 sur BFM-TV : « Il faut un nouveau capitalisme, qui soit plus respectueux des personnes, qui soit plus soucieux de lutter contre les inégalités et qui soit plus respectueux de l'environnement »… comme Sarkozy qui, en 2008, nous expliquait que « Cette crise, sans équivalent depuis les années 1930, marque la fin d’un monde »…

Macron et ses ministres tentent de masquer leur incurie dans la gestion de la crise sanitaire, leur impuissance face à la récession et à la crise sociale derrière de grandes phases. Mais leur action la plus concrète face à la pandémie est le déploiement de la police et de l’armée pour faire respecter le confinement sous ordre militaire. L’ignoble préfet Lallement a été  le fidèle porte-voix de leur mépris cynique pour les malades et la population.  

Certes, en conséquence de la destruction du service public de santé et à défaut de tout autre moyen, le confinement s’impose à toutes et tous. Mais Lallement, en zélé larbin, ne s’y est pas trompé, la police sanitaire a bien une fonction de… police : nous faire courber l’échine devant la loi après des mois de contestation sociale, nous désigner comme responsables et coupables de nos propres malheurs ! « Ceux qui sont aujourd’hui hospitalisés, ceux qu’on trouve dans les réanimations, ce sont ceux qui, au début du confinement, ne l’ont pas respecté, c’est très simple, il y a une corrélation très simple », les propos du préfet répondent aux attentes de ses maîtres !

La pandémie à laquelle la planète est confrontée joue le rôle de révélateur à plus d’un titre. Elle met à nu non seulement les rapports sociaux à travers le drame sanitaire que provoque la faillite du capitalisme, elle met aussi à rude épreuve les idées et la façon dont les hommes vivent, comprennent, perçoivent la catastrophe à laquelle l’humanité est confrontée. Le mouvement ouvrier, désemparé, n’échappe pas à cette confrontation des idées avec les faits, les révolutionnaires non plus.

La pandémie oblige, même les esprits les plus conservateurs, à adopter un regard nouveau pour prendre la mesure des bouleversements en cours et des possibles processus révolutionnaires qui s’ouvrent dans le monde dans la continuité des révoltes qui ont suivi la crise des subprimes puis celles de 2019, mais à un tout autre niveau.

La première et principale démonstration de la crise que connaît aujourd’hui la planète est bien que la société capitaliste est engagée dans une nouvelle phase de son histoire, de son développement, celle d’un capitalisme financier mondialisé aujourd’hui entraîné par ses propres contradictions et les maux qu’elles engendrent vers la faillite. Cette époque n’est plus celle du stade impérialiste décrit par Lénine au siècle dernier mais bien une nouvelle phase de développement du capitalisme qu’il nous faut comprendre pour en dégager les potentialités révolutionnaires et mettre en place une stratégie répondant aux besoins et à ces possibilités. Pour reprendre la formule de François Chesnais, le capitalisme a atteint ses limites historiques tant dans ses capacités à exploiter le travail humain que la nature. Cela se manifeste sous une forme inattendue mais dont on commence à voir les effets dévastateurs.

Mercredi soir, le 25 mars, Macron avait choisi de délivrer un nouveau message solennel depuis l’hôpital de campagne de Mulhouse mis en service la veille. Un décor militaire pour un discours martial appelant à « être unis », « à faire bloc » et... à rejeter toute critique ou contestation. « Lorsqu'on engage une guerre, on s'y engage tout entier, on s'y mobilise dans l'unité a-t-il asséné. Je vois dans notre pays les facteurs de division, les doutes, toutes celles et ceux qui voudraient aujourd'hui fracturer le pays alors que nous ne devons avoir qu'une obsession : être unis pour combattre le virus. J’en appelle à cette unité, à cet engagement : être unis. »

Et de chercher à bluffer l’opinion par l’annonce du déploiement de moyens militaires de santé -fortement diminués eux aussi depuis des années- à travers une opération cyniquement baptisée « Résilience » comme si la population devait, grâce à lui, sortir plus forte de la catastrophe sanitaire et économique en cours. Il n’a pas hésité non plus à se prévaloir du dévouement et de l’abnégation des personnels de santé comme des salarié-e-s qui font fonctionner les services indispensables à la collectivité dans des conditions scandaleuses d’insécurité. Ce n’est pourtant pas grâce à lui, mais bien parce que les travailleurs ont une conscience de l’intérêt général que n’ont ni Macron et ses ministres ni ses commanditaires du CAC40.

La pandémie de Covid-19 continue de prendre de l’ampleur à travers le monde avec des chiffres effrayants et certainement minorés (plus de 650 000 personnes contaminées et de 30 000 morts) qui augmentent de plus en plus rapidement entraînant le confinement pour près de la moitié de l’humanité. Un confinement imposé, comme en Inde et ses 1,3 milliards d’habitants, par une répression policière et une violence insupportable qui frappent d’abord les populations les plus pauvres.

La pandémie a aussi brutalement accéléré le krach financier et la récession économique annoncés.

« Nous sommes en guerre » a martelé Macron lundi 16 mars, annonçant le confinement de la population sans même en prononcer le mot mais multipliant, de même que son gouvernement, la rhétorique guerrière et autoritaire, annonçant le déploiement de 100 000 gendarmes et militaires dans les rues pour faire respecter l’isolement.

Dans la foulée, les appels à l’union nationale se multipliaient. « Le temps n’est plus celui de la polémique » expliquait Mélenchon. Jeudi, l’ensemble des députés, LFI et PCF compris, adoptaient à l’unanimité une loi des finances rectificative incluant un plan d’aide au patronat de 45 milliards d’euros (les sénateurs PCF se sont abstenus le lendemain). Le Maire et Darmanin n’ont pas manqué de saluer un tel « esprit de concorde » ! Vendredi, ce sont les 5 confédérations syndicales qui signaient avec les représentants patronaux une déclaration assurant de leur attachement au « dialogue social », immédiatement contestée par nombre de structures au sein de la CGT. Pendant ce temps, le gouvernement annonçait des mesures d’exception contre les travailleurs, « dérogations au droit du travail » remettant en cause les amplitudes horaires et les 35h, le droit à repos et à congé… Des mesures regroupées dans la loi d’ « état d’urgence sanitaire » adoptée par le Parlement dans la nuit de samedi à dimanche. Les députés LFI et PCF se sont sentis obligés, heureusement, de voter contre. Le PS lui s'est abstenu, à l'exception de trois députés qui ont aussi voté contre.

Depuis une semaine, gouvernement et patrons se partagent les rôles, jusqu’à l’écœurement. Sibeth Ndiaye, assurant avec le même aplomb l’inverse de la veille, Castaner faisant claquer ses talonnettes de premier flic de France, Philippe accusant la population de ne pas respecter les « règles »… tandis que Pénicaud, Le Maire, Darmanin… ou Geoffroy Roux de Bézieux, patron du Medef, exhortent les prétendus « héros quotidiens de l’entreprise » à « impérativement continuer à produire » pour « la continuité de la Nation » et… des profits ! Des discours insupportables de cynisme alors que Buzyn, révélait en début de semaine qu’elle-même et le gouvernement étaient parfaitement au courant depuis janvier du « tsunami » à venir.

Loin de minimiser ou de relativiser la crise sanitaire du coronavirus à laquelle le monde est confronté et dont l’Europe est devenue, selon l’OMS, l’épicentre, il nous faut bien au contraire en prendre toute la mesure, y compris dans la durée, dans toutes ses dimensions et implications. Il ne s’agit pas d’une simple crise sanitaire, aussi sérieuse soit-elle, mais bien d’une crise économique, sociale globale qui aggrave la crise sanitaire et met la population en danger.

L’intervention télévisée de Macron jeudi soir, se prévalant de la science pour nous faire la morale, était d’autant plus insupportable d’hypocrisie, dans ses éloges répétés du personnel soignant des hôpitaux, qu’il le traite depuis des mois avec le plus grand mépris et qu’il n’a pas fait le moindre geste concret à son égard. Insupportable aussi, sa défense des services publics que, dans la continuité de tous les gouvernements de droite et de gauche, il a contribué à démanteler, ou cette façon d’appeler à la responsabilité de chacun, tout en s’adressant avec condescendance à la population pour appeler à l’union nationale au moment où l’État et l’Union européenne se préparent à débloquer des milliards pour sauver les capitalistes du krach dont ils portent, seuls, la responsabilité. L’imposteur déploie des talents sans limites...

Et si les mesures prises semblent s’imposer, dont la fermeture des crèches, des écoles, collèges, lycées et facultés, elles sont loin de répondre aux besoins de la population sur laquelle en repose tout le poids. La généralisation des mesures de confinement, combinée aux couplets culpabilisateurs, pour tenter de freiner l’épidémie sera inévitablement d’une efficacité très relative en l’absence de moyens financiers pour le service de santé publique, aujourd’hui délabré à cause des politiques mises en œuvre par le pouvoir et, plus globalement, de l’irresponsabilité d’une société incapable de répondre à l’intérêt collectif.

La propagande officielle, médiatique, fait du coronavirus un drame terrible, responsable du krach boursier, de la crise pétrolière, des menaces de faillites bancaires, responsable de plonger la finance et l’économie dans le chaos pour mieux exonérer les classes dirigeantes et le pouvoir qui les sert.

Il ne s’agit ni de nier l’importance de l’épidémie en cours ni de se livrer à une paranoïa complotiste, mais de prendre au sérieux le moment de crise que connaît la planète, d’essayer d’en comprendre les ressorts, les mécanismes pour formuler des réponses à cette catastrophe annoncée dans laquelle le capitalisme plonge la société. Le virus n’est que le déclencheur de cette catastrophe que les chaînes d’infos mettent en spectacle en contribuant, à leur niveau, à semer la confusion, à subjuguer les cerveaux avec leur chronique mortifère. Un révélateur et un accusateur.

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