Ce 52ème congrès de la CGT qui vient de se terminer n’a pas passionné les travailleurs, ni même les militants. Les nouvelles règles de désignation des délégués, comme la double validation par les fédérations et les Unions Départementales, illustrent la volonté d’une discussion bien plus centrée sur les intérêts de l’appareil que sur ceux de l’ensemble de la classe ouvrière.

Mais malgré les filtres bureaucratiques, le mécontentement s’est fait entendre, en particulier sur le mutisme de la direction devant le mouvement des Gilets Jaunes. D’autant que depuis des mois, bien des militants syndicaux, politiques, du mouvement social se sont retrouvés au coude à coude sur les ronds-points ou dans les manifestations du samedi, cherchant à construire cette convergence par en bas de la contestation face à Macron et à son gouvernement.

La plupart des listes présentes aux élections européennes se sont lancées dans une opération de greenwashing de leur programme, annonçant faire de l’écologie une question centrale… Les problèmes écologiques sont bien réels et l'ampleur des mobilisations de la jeunesse pour le climat témoigne d’une large prise de conscience. Mais face à leurs enjeux, les petits calculs électoraux, les promesses à peu de frais des uns et des autres se ramènent à un cynique « bal des hypocrites », pour justifier les mêmes politiques.

Quatre otages, dont deux touristes français disparus depuis le 1er mai alors qu'ils étaient dans le nord du Bénin dans une zone de toute évidence « à risques majeurs », ont été libérés par un commando militaire français dans la nuit de jeudi à vendredi au nord du Burkina Faso. Au cours de cette intervention, deux militaires membres des forces spéciales ont trouvé la mort. Cette opération militaire dont Macron a pris la décision devient une opération de politique intérieure. Deux semaines avant les élections européennes, Macron cherche à s’imposer face à Marine Le Pen comme dirigeant de la nation, patriote, à contraindre les partis institutionnels à soutenir sa décision et à rallier l’union nationale pour saluer la mémoire des deux soldats sacrifiés. Il cherche à utiliser l’émotion en sa faveur, pour justifier la politique de la France en Afrique.

Il a remercié les gouvernements béninois et burkinabé « pour leur parfaite coopération » et les a assurés « de l’entière volonté de la France à les aider dans leur lutte contre le terrorisme au Sahel ». Comme si la France était au Sahel pour aider les populations !

Le 30 avril, le Venezuela a connu un nouvel épisode de la crise aiguë qu’il vit depuis l’élection contestée de Nicolás Maduro en 2018. Une base aérienne de Caracas a été prise par des militaires avec les principaux opposants au régime, Juan Guaidó et Leopoldo López. Un pas de plus dans la crise ouverte le 23 janvier lorsque Guaidó, obscur politicien arriviste libéral, se proclama président à la place de Maduro, avec l’aval des Etats-Unis.

Depuis, Trump, tout à sa démagogie réactionnaire, a aggravé les sanctions économiques contre le Venezuela déjà commencées par Obama au nom de la « démocratie ». Et ses alliés occidentaux se sont empressés de reconnaître Guaidó, dont Macron, qui justifie les ventes d’armes par la France à l’Arabie saoudite pour sa sinistre guerre contre le Yémen, outré par la toute-puissance de Maduro !

Leur attitude, les menaces d’intervention militaire de Trump aussi peu probable soit-elle, sont révélatrices des tensions entre les grandes puissances. La Russie vend et achète des armes au Venezuela et lui envoie du matériel militaire, Maduro se place sous sa protection. La Chine intervient de plus en plus dans l’économie vénézuélienne.

Depuis vendredi, l’ensemble des listes présentes pour les élections européennes sont connues. La campagne donne un sombre tableau de la vie politique institutionnelle de ce pays. Toutes les forces de droite extrême ou d’extrême droite se disputent les mêmes thèmes en ayant bien du mal à faire entendre leurs prétendues différences qui justifient leurs rivalités et luttes pour le pouvoir. Macron espère rallier à lui une partie de l’électorat le plus réactionnaire en particulier grâce au zèle de Castaner et de sa police. Depuis des mois, son objectif vise à être le point d’orgue du rassemblement des couches sociales les plus réactionnaires, le parti de l’ordre qui ne joue pas avec le feu mais garde le cap et se prépare, prépare la police, les médias, tout ce que le pays compte d’institutionnel à une véritable guerre de classe contre le monde du travail et les classes populaires face aux difficultés financières et économiques qui menacent. Le premier Mai, à Paris, en a été une nouvelle démonstration. Mais le zèle de son ministre pourrait bien se retourner contre lui.

La stratégie des tensions

Ce zèle policier n’est pas une bavure mais bien celui de Macron qui, incapable de mettre un terme aux mobilisations, de répondre à leurs demandes, fait de la politique par le biais du ministère de l’intérieur, des manipulations policières, de l’intox et des fake news relayées par des médias aux ordres, serviles. Macron croyait pouvoir étouffer la colère, mais aveuglé par ses ambitions politiques, sa soif de revanche, son inextinguible besoin de rabaisser ses adversaires ou même… ses alliés, il ne parvient pas à reprendre la situation en main.

Alors que le mouvement des Gilets jaunes dure depuis près de 6 mois et 25 actes, les centaines de milliers de manifestants du 1er Mai, gilets et drapeaux de toutes couleurs, ont fait une nouvelle démonstration de la profondeur de la révolte et des aspirations sociales et démocratiques, malgré le chaos promis par Castaner, la brutalité et la campagne haineuse du gouvernement relayée complaisamment par une partie de la presse. Si une page du mouvement est en train de se tourner, la suite a commencé à s’écrire et nombre de militant.e.s de toutes origines et générations se posent la question des prochaines étapes, font le bilan des acquis, des enseignements du mouvement et des difficultés et limites à franchir.

Le gouvernement a beau intensifier la répression, multiplier les provocations, étaler mépris et hargne sociale, le soutien populaire est toujours aussi large. Les tentatives pour isoler ceux qui se battent, la violence et les mensonges ne font qu’accroitre le discrédit du pouvoir, à l’image de la prétendue « attaque » de l’hôpital de la Salpêtrière. Une sinistre farce, un an après Benalla, qui met un peu plus en lumière les méthodes Macron-Castaner.

Macron entend ne rien céder. Il affiche sa volonté d’intensifier l’offensive contre le monde du travail, accélérer le calendrier des « réformes » retraites, fonction publique, enseignement, indemnisation chômage… pour mieux baisser la « dépense publique », continuer à casser les droits des travailleurs pour intensifier l’exploitation et répondre aux exigences du capital pour que vivent les profits !

Quel mépris et quelle arrogance ! Après avoir voulu faire croire qu’il avait écouté et compris la révolte des gilets jaunes comme le mécontentement qui sourd de partout, battu sa coulpe en bon jésuite et parlé de lui, Macron a, sans surprise, ignoré lors de son discours-conférence de presse les exigences portées par les gilets jaunes et le monde du travail. Se mettant lui-même en scène, il a joué un nouvel épisode, en direct, de la grande mascarade.

Ecran de fumée

On pouvait croire qu’il essaierait de reprendre la main en annonçant des mesures capables sinon de convaincre du moins pouvant passer pour un geste de compréhension ou qu’il prendrait le risque d’affronter un référendum, de tenter de se faire plébisciter alors que les élections européennes s’annoncent mal pour LREM, non, rien, l’art de la dérobade et de l’esbroufe en guise « d’art d’être français » !

Du blablabla, des mots pour ne rien dire, le personnage est creux et s’est défilé pour tout renvoyer au gouvernement, à des commissions, un flou pour le moins peu artistique. A défaut de répondre aux exigences des classes populaires, Macron brasse du vent, de la proportionnelle limitée qui ne profitera qu’au RN à la réduction du nombre de députés en passant par le référendum d’initiative partagé modifié, un conseil de la participation citoyenne de 250 membres pour la transition énergétique, une maison « France Services » dans chaque canton regroupant divers services publics...

L’incendie qui a ravagé Notre dame de Paris avant qu’elle ne s’effondre en partie et cela au moment même où Macron devait faire son prêche a suscité une légitime émotion. On ne peut être indifférent à la ruine en quelques minutes d’un des chefs d’œuvre du travail humain même si de toute évidence le ciel est vide, dieu une invention humaine et les cathédrales, comme la plupart des monuments du patrimoine, des monuments à la gloire des classes dominantes, de leurs crimes bénis par la religion depuis les croisades, l’esclavage, le servage, les guerres coloniales et leur société d’exploitation. Notre émotion n’a rien de national ni de catholique, elle exprime notre admiration pour les travailleurs manuels, intellectuels, artisans et architectes qui les ont bâties.

L'hypocrisie et le fric ruissellent

C’est bien pourquoi les discours sur l’union nationale tenus par Macron et repris en cœur par le monde politicien et les médias sont insupportables. Les magnificences de Notre dame appartiennent au patrimoine du travail et du génie humains tout autant que toutes celles qui, à travers la planète, par delà les frontières, jalonnent l’histoire de l’humanité. Mais ces magnificences ne nous font pas oublier les crimes des puissants, religieux ou non, des classes dominantes qui en ont été les commanditaires et qui voudraient s’en approprier la valeur universelle.

Bolsonaro au Brésil, Salvini en Italie, scores de Le Pen, sondages annonçant une forte progression des partis nationalistes d’extrême-droite ou de la droite extrême aux élections européennes… une discussion a lieu sur le retour d’un danger fasciste. L’écho reçu par le livre récent de Michaël Foessel Récidive 1938 en témoigne.

Ces inquiétudes sont légitimes. Comme il est tout à fait légitime de s’interroger, comme notre camarade Ugo Palheta, sur « la possibilité du fascisme », envisageant « la trajectoire du désastre », comme l’indique le titre de son dernier livre. Les menaces pour les travailleurs sont réelles, et d’autant plus sérieuses que les Etats et les partis qui prétendent incarner la démocratie ont engagé eux-mêmes des politiques autoritaires et réactionnaires contre le monde du travail, les migrants, les femmes et tous ceux qui contestent leurs politiques au service de la finance.

A la veille de l’acte 22 qui a réuni plus de manifestants que le samedi précédent, après 5 mois de mobilisations, Philippe a donné un avant-goût des « décisions puissantes et concrètes » que Macron ne dévoilera que lundi, suspens insoutenable… Au Grand Palais où il avait réuni lundi dernier gouvernement, hauts fonctionnaires et « corps intermédiaires » dont Laurent Berger (CFDT) pour « faire la synthèse » du prétendu grand débat, il en a donné le cadre : « Dès notre arrivée, nous avons baissé les cotisations sociales, baissé la taxe d’habitation, baissé l’impôt sur les sociétés […] Nous devons baisser et baisser plus vite les impôts ». « Les français ont compris avec beaucoup de maturité, beaucoup plus en tout cas que certains acteurs institutionnels du débat politique, qu’on ne peut pas baisser les impôts si on ne baisse pas la dépense publique ».

Un plan de bataille contre les travailleurs et les classes populaires

Face à la profonde révolte, aux aspirations de justice sociale, fiscale et démocratique qui s’expriment à travers le mouvement des Gilets jaunes, face à la solidarité du monde du travail, des classes populaires, Macron n’a en rien l’intention de freiner son « projet national » pour les classes dominantes, financiers et multinationales. Bien au contraire, sans préjuger de la façon dont il entend faire passer sa politique, les conclusions de la mascarade du grand débat sont l’occasion d’engager un nouveau plan de bataille contre les travailleurs et les classes populaires.

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