La guerre en Ukraine, loin d’être une guerre locale dont la folie grand-russe de Poutine serait seule responsable, s’inscrit dans l’évolution des rivalités entre grandes puissances et constitue un tournant dans l’évolution des rapports internationaux. Elle contribue à attiser rivalités et tensions, provoque une escalade belliciste et accentue la militarisation du monde. Elle ouvre sans retour en arrière possible un processus de décomposition des relations internationales fondées sur la domination des USA et des vieilles puissances impérialistes, c’est-à-dire à une mondialisation de la guerre. Faut-il parler de la menace d’une troisième guerre mondiale comme on peut souvent le lire ?

Depuis la Nouvelle Calédonie, vestige de l’empire colonial français, Macron a affiché sans fard son mépris des travailleurs et des peuples. Lundi, il s’est mis lui-même en spectacle avec deux journalistes complaisants, se félicitant, « il y a cent jours, on nous expliquait que le pays serait à l’arrêt et qu’il n’y aurait plus un déplacement sans casseroles ! », sans même réaliser que sa morgue cynique se retournait contre lui, obligé de partir à 16 000 kms pour tenir son rendez-vous avec 10 jours de retard ! Preuve d’une certaine lucidité de sa part mais surtout de sa prétention à prendre la pose du chef d’une grande puissance bien au-dessus des contingences de la vie des travailleurs et des peuples ! Une prétention au-dessus de ses moyens, président isolé, seul, d’une vieille grande puissance coloniale et impérialiste sur le déclin.

Durant ce voyage dans la zone Indo-Pacifique, de la Nouvelle-Calédonie au Sri Lanka, en passant par Vanuatu, Macron a, toute honte bue, posé au défenseur des populations locales qui seraient menacées par « les nouveaux impérialismes » en visant essentiellement la Chine ! Cynisme total de celui qui ne cherche qu’à défendre les positions de la bourgeoisie française dans la région, en vantant la présence coloniale française ainsi que ses 3 000 soldats, ses Rafales et ses patrouilleurs.

L’apaisement annoncé pour les cents jours de Macron a pris le sinistre visage du meurtre de Nahel par un policier, provoquant la légitime révolte des jeunes des quartiers populaires. Macron a laissé la parole à ses sbires, à Darmanin, dans la continuité de la répression contre le mouvement. Le véritable bilan des 100 jours est là, mensonges et violences policières. 130 000 policiers et gendarmes ont été déployés durant le week-end du 14 juillet alors que Macron s’affichait, provocateur, avec le dictateur d’extrême droite, Premier ministre indien, Modi. Il remettait la Légion d’honneur à ce sinistre représentant des oligarques capitalistes indiens, les 1 % les plus riches qui ont englouti 45 % de la richesse de l’Inde dans un océan de pauvreté et de misère.

Puis, après avoir confirmé Borne Première ministre moyennant quelques « ajustements » ministériels, pervers, il a invité le gouvernement sortant à un dîner à l’Élysée pour, le lendemain, annoncer qui il allait virer… Vendredi, il s’exprimait devant ses ministres aux ordres, un discours dans « la continuité » pour ne rien dire retransmis par la télé. Cette étrange mise en scène, ce jeu de chaises musicales entre pantins interchangeables qui, à l’image de leur boss, sont les agents des Uber, Dassault, Bolloré et autres Arnault, voudrait donner l’image d’un Macron maîtrisant la situation. Hors sol, isolé, minoritaire à l’Assemblée nationale, rejeté dans le pays, il n’a d’autre choix, plus ridicule qu’« efficace », que de tenter de créer l’illusion d’un pouvoir personnel fort. La soumission de son gouvernement à la politique exigée par l’aristocratie financière qui dirige le pays contre le monde du travail et les classes populaires prépare de nouveaux affrontements contre leur république corrompue, masque de la domination d’une minorité, un système destructeur condamné.

« Notre engagement envers l’Ukraine ne faiblira pas. Nous défendrons la liberté aujourd’hui, demain et aussi longtemps qu’il le faudra » déclarait Biden, lors d’un meeting qu’il a tenu à l’université de Vilnius, à l’issue des sommets de l’Otan puis du G7 les 11 et 12 juillet. L’Associated Press a rapporté qu’il avait présenté « la réponse des États-Unis et de leurs alliés à l’invasion de Moscou comme un modèle pour répondre à d’autres défis mondiaux, du changement climatique à la montée en puissance de la Chine, affirmant que les positions des nations sont plus fortes lorsqu’elles "construisent la coalition la plus large et la plus profonde" ».

Ainsi Biden le dit lui-même, la guerre que les Etats-Unis mènent par procuration contre la Russie par peuple ukrainien interposé s’inscrit dans leur offensive pour maintenir leur domination sur le monde et élargir le champ de leurs alliances. Cette offensive a commencé dès le début des années 90 et l’effondrement de l’URSS, de leur première guerre contre l’Irak en 1990-91 à la tête d’une vaste coalition dont l’ex-URSS de Gorbatchev sous l’égide de l’ONU, à leur redéploiement actuel en Europe et dans la zone Asie-Pacifique à la faveur de la tentative d’occupation de l’Ukraine par la Russie, après le fiasco final des guerres menées contre l’Irak et l’Afghanistan. Ce sont bien les Etats-Unis et leurs alliés, les vieilles puissances impérialistes, qui sont les principaux fauteurs de guerre dans le monde.

« Face à ces hordes sauvages, demander le calme ne suffit plus, il faut l’imposer ! […] L’heure n’est pas à l’action syndicale mais au combat contre ces « nuisibles » […] Une fois [l’Etat de droit] rétabli, nous savons que nous revivrons cette chienlit que nous subissons depuis des décennies ». Dans leur communiqué fascisant du 30 juin, trois jours après le meurtre de Nahel, les syndicats majoritaires de la police, UNSA-police et Alliance, crachaient leur haine contre les jeunes qui se révoltaient. En utilisant le mot « chienlit » employé par De Gaulle contre la grève générale démarrée par les étudiants en Mai 1968, ils ont clairement montré que pour les tenants de l’ordre, du pouvoir, la révolte des jeunes des banlieues ouvrières et des quartiers populaires est partie intégrante du soulèvement du monde du travail et de la population contre la politique des classes possédantes.

Fragilisé par le mouvement de masse de ces six derniers mois contre la réforme des retraites et l’hostilité profonde à sa politique que ce dernier a révélée, ridiculisé par la comédie hypocrite d’un « apaisement » fracassé par la révolte des jeunes, Macron espère reprendre la main en mettant en scène une répression inédite. Darmanin a ordonné un déploiement sans précédent de la police, du Raid, des BRI et des BAC, 45 000 hommes surarmés, hélicoptères survolant les cités, véhicules blindés dans les rues, charges policières jusque sur les Champs-Elysées à Paris tandis que Dupond-Moretti fait donner les tribunaux et tomber les condamnations, la plupart à de la prison ferme.

Lors d’un banal contrôle routier, Nahel, 17 ans, a été abattu de sang-froid par un policier à Nanterre après un refus d’obtempérer. Alors qu’il n’était nullement en état de légitime défense, le policier qui le tenait en joue et lui hurlait « Ouvre ou je te mets une balle dans la tête ! » a tiré à bout portant sur la poitrine du jeune homme.

La version des flics, celle de la légitime défense, serait devenue le mensonge officiel si la vidéo d’un passant, virale sur les réseaux sociaux, n’avait filmé les faits.

Ce n’est ni une bavure, ni une dérive, mais la logique d’une politique sécuritaire du pouvoir qui n’a d’autre réponse aux effets de la violence sociale qu’il organise que la répression par une police gangrenée par le racisme, la peur et la haine des classes populaires, de la jeunesse qui lui sont inculqués par sa hiérarchie et que l’extrême-droite, sa politique nationaliste et xénophobe nourrissent et encouragent.  

Tout est permis à cette police sous pression qui peut agir en toute impunité, protégée par l’arsenal des lois votées sous les gouvernements Sarkozy, Hollande ou Macron, dont la loi Cazeneuve de 2017 dite de « sécurité publique » votée sous Hollande, véritable permis de tuer. En témoigne l’augmentation du nombre de tués par les forces de l’ordre qui a doublé depuis 2020, dont 13 en 2022 pour le seul refus d’obtempérer.

Dans la nuit du 23 au 24 juin dernier, Prigojine, le chef du groupe paramilitaire Wagner, milliardaire fasciste et mafieux, lançait une partie de ses troupes dans une « Marche de la justice » vers Moscou après avoir accusé les dirigeants de l’armée russe, Choïgou le ministre de la Défense et Guerassimov, le chef d’Etat-major, d’avoir fait attaquer ses campements arrière et tué nombre de ses mercenaires. Des colonnes de soldats et de blindés pénétraient en territoire russe et s’emparaient dans la nuit, sans rencontrer de résistance, des sites militaires de Rostov-sur-le-Don, une ville d’un million d’habitants qui sert de quartier général aux troupes russes engagées en Ukraine. Le samedi 24 dans l’après-midi, d’autres forces de Wagner s’approchaient à 200 kilomètres de Moscou.

Le mouvement contre la réforme des retraites, le refus de perdre deux ans de plus de sa vie au travail, l’irruption du monde du travail sur la scène politique a bousculé la donne, changé les rapports de forces sociaux et politiques. Mouvement historique, inédit, au-delà des formules, il s’inscrit dans une remontée des luttes entamée avec le mouvement de 2016 contre la loi travail et dont les gilets jaunes ont représenté une étape importante au sens où il est la manifestation la plus radicale de rupture avec les institutions bourgeoises dites républicaines et les partis qui s’y partagent les sinécures. Le mouvement contre la réforme des retraites approfondit cette évolution. S’y retrouve une combinaison d’un mouvement de masse du monde du travail, indépendant de la gauche politique, qui a trouvé dans l’intersyndicale sa direction tout en développant en son sein de profonds sentiments anticapitalistes, antisystème et une mobilisation à la base autour d’actions de blocage dans la continuité des gilets jaunes. Se sont ainsi formés des cadres d’auto-organisation démocratiques où se sont retrouvés équipes syndicales, gilets jaunes, militants LFI, militants révolutionnaires soucieux d’agir au sein même du mouvement. Ils s’inscrivent dans la continuité des mouvements précédents et constituent des acquis, une expérience collective décisive pour préparer les combats à venir même s’ils n’ont pas été en mesure de dépasser les limites de la politique de l’intersyndicale.

Le 22 juin, une embarcation partie de Tunisie, transportant des migrants d'Afrique subsaharienne, faisait naufrage au large de l’île de Lampedusa, faisant une quarantaine de disparus dont au moins un nouveau-né. Le même jour, au large des Canaries, 350 personnes étaient secourues alors que plusieurs embarcations y avaient fait naufrage les jours précédents, faisant plusieurs morts dont des femmes enceintes. Une autre embarcation y est portée disparue depuis le 11 juin, avec à son bord 58 migrants partis du Maroc pour rejoindre l’Espagne.

Des drames qui surviennent quelques jours après la mort d’au moins 650 migrants syriens, égyptiens, pakistanais, palestiniens, dont de nombreuses femmes et une centaine d’enfants, dans le terrible naufrage d’un chalutier au large des côtes grecques, au vu et au su des autorités et des garde-côtes. Seules 104 personnes ont survécu, détenues depuis au secret dans un camp.

Jeudi 22, Macron ouvrait à Paris le sommet « Pacte financier mondial », deux jours de mise en scène qui ont rassemblé de nombreux responsables politiques et économiques, des chefs d’Etats, en particulier africains, les patrons du FMI, de la Banque Mondiale et de l’ONU, la secrétaire d’Etat au Trésor US Janet Yellen, les dirigeants de l’UE, etc. Tout ce beau monde disait vouloir réformer les institutions financières mondiales nées à Bretton Woods à la fin de la 2ème guerre mondiale, dont le FMI et la Banque mondiale, pour les adapter aux exigences du moment : « aider » les pays pauvres à surmonter la crise humanitaire qui les frappe et à lutter contre le réchauffement climatique dont ils sont les premières victimes. Comme si dès leur fondation, la Banque Mondiale et le FMI n’avaient pas été les principaux vecteurs du pillage du Tiers-Monde par les financiers des puissances impérialistes ! Comme si, ainsi que le rappelait Lula, ça n’est pas par leur intermédiaire que la grande bourgeoisie des pays riches a pillé et ruiné et continue de ruiner les pays pauvres qu’elle dit aujourd’hui vouloir aider ! La véritable motivation de Macron, initiateur du sommet, outre une occasion de plus de jouer au sauveur de monde, est surtout de tenter de redonner une impulsion à un mécanisme soumis à la concurrence d’autres investissements, en particulier chinois. Et pour cela s’attirer les bonnes grâces des dirigeants locaux, en ouvrant la voie aux investisseurs privés par « un choc d’investissements publics » -dixit Macron…

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